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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 15:20

Source : 24heureactu.com 21/09/16

 

 

Ostrovets, région de Grodno, Biélorussie. C’est ici que le régime mené par Aliaksandr Loukachenka a entrepris de bâtir une nouvelle centrale nucléaire. Sa production est destinée à remplacer celle des centrales à gaz biélorusses, qui remplissent aujourd’hui jusqu’à 95% des besoins électriques du pays. A terme, les deux réacteurs à eau sous pression, de type AES 2006, devraient chacun dégager une puissance de 1 200 MW. La mise en service du premier d’entre eux est prévue pour 2018 ; le deuxième devrait être opérationnel à l’horizon 2020. En attendant, le chantier avance vite. Trop vite ?

Si la Biélorussie n’est pas connue pour ses capacités en nucléaire civil, il n’y a pourtant rien d’étonnant à cette célérité : derrière ce projet se cache son influent voisin russe, qui a apporté à son ancien satellite soviétique l’argent nécessaire – un prêt de 9,7 milliards de dollars – tout comme la maîtrise d’ouvrage, confiée à Atomenergomash, une filiale de l’entreprise d’Etat russe Rosatom. Dirigée par Sergeï Kirienko, un ami intime de Vladimir Poutine, Rosatom est le nouveau bras armé de la politique nucléaire russe. La rapidité du chantier de la centrale biélorusse ne laisse pourtant pas d’inquiéter : autorités lituaniennes, associations de protection de l’environnement et même Parlement européen tirent la sonnette d’alarme.

Vers un nouveau Tchernobyl ?

Située à seulement 50 kilomètres de Vilnius, la capitale de la Lituanie, le chantier d’Ostrovets donne des sueurs froides à ses 543 000 habitants. En cas d’accident, la ville devrait être entièrement évacuée. De même, le conseil municipal de Vilnius s’est officiellement inquiété de la possible contamination de la rivière Néris, dont les eaux serviront à refroidir la centrale avant de couler au sein de la capitale lituanienne. Et il y a de quoi être inquiet : si le budget consenti par Moscou est si bas, c’est parce que la filiale de Rosatom a tout simplement fait l’impasse sur la construction d’un « sarcophage » autour des réacteurs, enceinte qui pourrait contenir les éventuelles fuites de radiations. Le souvenir macabre de Tchernobyl hante encore les esprits, dans une région fortement touchée par la catastrophe du 26 avril 1986. A l’époque, 70% du nuage radioactif échappé de la centrale ukrainienne étaient retombés en Biélorussie. « Mais pour les Biélorusses, les problèmes s’arrêtent à la frontière », s’alarme le ministre lituanien de l’Energie, Rokas Masiulis.

De fait, depuis le début du chantier en 2008, la Biélorussie semble faire la sourde oreille. Aucune étude transfrontalière d’impact sur l’environnement n’a été réalisée. Le même attentisme prévaut concernant le respect des exigences de sûreté émises par l’Agence internationale de l’énergie atomique, ou encore sur les tests de résistance préconisés par une déclaration signée avec la Commission européenne, en 2011. Face aux critiques de plus en plus fortes, la Biélorussie se réfugie dans de molles dénégations : Rosatom se contente d’affirmer que la centrale ne se situe pas dans une zone soumise à des risques sismiques, en passant sous silence le tremblement de terre qui a touché la région au début du 20e siècle.

Au volet environnemental s’ajoutent de nombreuses et complexes questions géopolitiques. Dans un contexte de baisse des prix des énergies fossiles – gaz et pétrole –, et alors que la Russie avait utilisé son gaz comme moyen de pression diplomatique lors du conflit en Ukraine, Moscou cherche à diversifier tant ses rentrées d’argent que son influence politique. Rosatom est aujourd’hui implanté dans une quarantaine de pays, et aurait emporté pas moins de 36 projets de réacteurs nucléaires à travers le monde : en Turquie, en Inde, en Chine…et même en Finlande. Un levier d’influence évident pour le Kremlin, notamment sur l’Europe. Certains observateurs voient même dans le choix d’Ostrovets une réponse de la Russie au renforcement de la présence des contingents de l’OTAN en Europe. Alors que Vladimir Poutine a prouvé, en annexant la Crimée, qu’il n’entendait pas céder un pouce de sa sphère d’influence à l’Europe, les voix s’élèvent pour demander aux autorités européennes de réagir.

L’incompréhensible silence des autorités européennes

Plus le temps passe, plus le chantier avance et plus les marges de manœuvre de l’Union européenne (UE) rétrécissent. Or les responsables européens compétents sur ce dossier semblent aux abonnés absents. Bien que le Parlement européen ait soulevé, le 6 juin, la question de la centrale d’Ostrovets, aucune réaction n’émane, pour l’heure, de la Commission européenne : le silence radio de Jean-Claude Juncker et de ses commissaires à l’Environnement, Karmenu Vella, et à l’Energie, Maros Sefcovic, est inquiétant. Prétexter que la Biélorussie échappe à leur compétence de par le fait qu’elle n’appartient pas à l’UE est évidemment insuffisant, et serait incompréhensible en cas d’accident nucléaire.

Si « l’Europe forteresse » protège le vieux continent des vagues migratoires, il n’en va apparemment pas de même en ce qui concerne d’éventuelles fuites radioactives. Or les citoyens européens ont des raisons d’être inquiets, si l’on en croit les réponses pour le moins évasives que la Commission a apporté aux questions écrites de parlementaires européens, à propos d’une autre centrale nucléaire dans l’enclave russe de Kaliningrad, le 14 juillet dernier : la Commission n’était tout simplement…« pas au courant ». Il va falloir faire mieux.

Ostrovets, la centrale nucléaire de la discorde
Ostrovets, la centrale nucléaire de la discorde

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Published by bielorussie - dans économie Politique
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