Le fonds de Suleyman Kerimov a actuellement un peu plus de 20 % des participations dans la société Uralkali. Selon la comité d’enquête biélorusse, le sénateur en association avec d’autres ressortissants russes est impliqué dans des opérations financières frauduleuses au sein de la compagnie biélorusse de potassium (BKK). Cette société mixte russo-biélorusse se spécialisait dans la vente d’engrais chimiques sur le marché international.

Les autorités biélorusses ont mis la veille en examen le PDG d’Uralkali Vladislav Baumgertner. Arrêté le 26 août à Minsk, il est inculpé d’abus de pouvoir et de dégâts à hauteur de 100 millions de dollars causés à l’économie biélorusse.

L’arrestation de Baumgertner a provoqué un véritable choc à Moscou. Il avait en fait été attiré à Minsk et pris en otage. Son arrestation avait été opéré tout de suite après sa rencontre avec le premier ministre biélorusse Mikhaïl Mistnikovitch. Ces détails transforment ce fait divers en un scandale politique, estime Bogdan Bezpalko, directeur adjoint du centre d’études ukrainiennes et biélorusses de l’Université de Moscou.

Le conflit avait eu pour prétexte la rupture consommée entre le russe Uralkali et le biélorusse Belaruskali. Fin juillet, Uralkali a annoncé qu’il se retirait de la structure commerciale commune « Société de potassium de Biélorussie ». La partie russe avait découvert qu’en violation des engagements pris antérieurement, le producteur biélorusse vendait les engrais à des tiers.

A la suite de cette rupture, les producteurs biélorusses ont perdu une part considérable du marché ce qui a causé un grave préjudice à l’économie de la république. Et puisque Belaruskali est une société publique, le président Loukachenko l’avait pris très mal, estime le politologue biélorusse Alexandre Klaskovski.

Moscou a déjà réagi à cette situation. Le vice-premier ministre russe Arkadi Dovorkovitch a fait comprendre que la Russie pourrait revoir certains aspects de sa coopération bilatérale avec la Biélorussie. Les autorités russes se disent également prêtes à réduire les livraisons de pétrole et à durcir le contrôle des produits agricoles biélorusses. Voici le commentaire de Bogdan Bezpalko :

La Russie dispose d’une panoplie d’instruments qui lui permettent de fermer en toute légalité son marché aux produits biélorusses. En fait, de même que l’Ukraine, la Biélorussie exporte principalement ses produits en Russie, ce qui lui permet de financer en grande partie son économie. Personne en Europe n’a besoin de produits biélorusses. De surcroît, l’UE ne les laissera jamais entrer sur son territoire.

Les limitations en matière d’exportation de produits agricoles peuvent s’avérer très sensibles pour Minsk. En effet, 70 % des produits laitiers et carnés biélorusses sont exportés vers la Russie. En 2013, la Biélorussie comptait y gagner plus de 4 milliards de dollars tant et si bien que le bras de fer avec la Russie peut coûter très cher à Minsk.

 

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