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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 11:00

Source : Le Monde

 

 

Ales Bialiatski, défenseur des droits de l'homme biélorusse, s'est fait arrêté à Minsk il y a tout juste un an. Décidé à mettre fin à ses activités, le régime de Loukashenko a accusé Ales d'évasion fiscale et l'a condamné à quatre ans et demi de prison à la suite d'un procès inique. La communauté internationale avait alors vivement critiqué cette condamnation et appelé les autorités biélorusses à libérer Ales. En vain...

 

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Cela fait donc un an qu'Ales Bialiatski, président du Centre des droits de l'homme, Viasna, et vice-président de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), croupit dans la colonie pénitentiaire de la ville de Bobrouisk. Les conditions de détention en Biélorussie ont toujours été très difficiles, mais les autorités s'appliquent à les rendre plus dures encore pour Ales depuis quelques semaines. Sa femme, seule personne de son entourage autorisée à pouvoir venir le voir en prison, s'est vue restreindre le nombre de ses visites. Désormais, les détenus qui lui adressent la parole sont soumis à des sanctions. En juillet, Ales Bialiatski a une nouvelle fois été réprimandé, devenant ainsi aux yeux de l'administration pénitentiaire un "contrevenant récidiviste". Son tort : s'être endormi habillé sur son couchage alors qu'il était malade. Un geste dérisoire aux lourdes conséquences. Car avec ce nouveau statut de "contrevenant récidiviste", Ales n'a pas pu bénéficier de l'amnistie accordée en juillet à l'occasion de l'anniversaire de l'indépendance de la Biélorussie.

Ales n'est pas la première victime du harcèlement judiciaire et psychologique exercé par les autorités. Les candidats à la présidentielle de 2010 en ont presque tous fait les frais. Sept d'entre eux ont été arrêtés au lendemain de l'annonce des résultats. Le régime les a accusés de "troubles massifs à l'ordre public". Sous la pression de la communauté internationale, certains ont été libérés, d'autres ont du adresser une demande de pardon au président Loukashenko. C'est le cas d'Andreï Sannikov, l'un des principaux opposants, qui n'a retrouvé la liberté qu'en avril 2012. Mikola Statkevich, candidat pour le Belarusian Social Democratic Party, se trouve, lui, toujours derrière les barreaux. Il refuse de demander pardon.

La répression post-électorale de 2010 avait surpris le monde entier par sa brutalité et son ampleur. Un an et demi plus tard, les manœuvres anti-démocratiques se multiplient. De nouvelles lois liberticides ont été adoptées pour interdire les manifestations et asphyxier les associations. Les locaux de l'organisation Viasna, fondée et dirigée par Ales, devraient prochainement être saisis, ce qui laisserait la société civile biélorusse orpheline de l'une de ses plus grandes organisations de défense des droits humains.

Depuis plusieurs mois, le gouvernement de Loukashenko tente de convaincre la communauté internationale, et tout particulièrement l'Europe, d'alléger les sanctions prises à son encontre. Mais l'Union européenne doit rester ferme et conditionner le rétablissement du dialogue à la libération de tous les prisonniers politiques. Les remises en liberté sporadiques, qui permettent au régime de négocier et limiter les sanctions de l'UE contre lui, ne sauraient suffire. Treize personnes sont encore enfermées pour leurs opinions politiques ou leur activité militante, sans que Minsk ne semble décidé à y changer quelque chose. Un autre exemple s'il en faut : la loi d'amnistie signée par Loukashenko en juillet contient délibérément des clauses excluant tous les prisonniers politiques.

Cet été, le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a adopté une résolution établissant un rapporteur spécial sur la situation des droits humains en Biélorussie. Seuls des pays tels que l'Iran, la Birmanie et la Syrie avaient jusqu'à présent fait l'objet d'une telle mesure. C'est maintenant au tour de l'Union européenne d'agir. Car si les sanctions prises au printemps à l'encontre des personnes soutenant financièrement le régime sont un signal fort, l'UE doit encore aller plus loin et adopter une approche cohérente combinant des sanctions visant les "portes-monnaies" du régime et les entreprises européennes qui investissent en Biélorussie. Sur ce dernier point, l'UE devra être intransigeante. La légitimité de son discours et de son action ne saurait être mise à mal par des Etats qui privilégieraient leurs intérêts économiques.

Trois jours avant sa mort, l'ex-président tchèque, Vaclav Havel, avait envoyé une lettre à Ales en prison. Il lui avait souhaité du courage et cité l'exemple de son pays comme source d'espoir. C'est un passage de flambeau à Ales pour poursuivre sa lutte pour la dignité humaine, mais aussi un message pour l'Europe et la communauté internationale pour que leur appui soit fort, visible et uni face à la répression. C'est de cela que dépend aujourd'hui le sort d'Ales Bialiatski et de la société civile biélorusse ; mais aussi le sort de l'Europe.

 

 

 

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Published by bielorussie - dans Opposition
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