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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 19:31

Source : Courrier International 10/10/12

 

 

Stepan Zakhartchenka a déserté de l'armée biélorusse il y a un an et trouvé refuge en Lituanie. Il avait subi des mauvais traitements et refusé de tirer sur ses compatriotes. Aujourd'hui, la République balte, membre de l'UE, s'apprête à l'extrader vers Minsk, alors qu'il risque la peine de mort.

 

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La Lituanie proclame sans relâche son attachement à la démocratie, mais ses déclarations ne sont d'aucune utilité quand des opposants au régime du président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, considéré comme le dernier dictateur d'Europe, demandent de l'aide à notre pays.

La Lituanie s'est malheureusement déjà illustrée en la matière, l'année dernière, lorsqu'elle a remis à la Biélorussie des informations concernant les comptes dans les banques lituaniennes du défenseur biélorusse des droits de l'homme Ales Bialiatski. Sur la base de ces données, la justice biélorusse l'a accusé de fraude ficale et envoyé quatre ans et demi derrière les barreaux après lui avoir confisqué ses biens. L'argent sur ces comptes devait servir à financer les activités de l'opposition.

 

Une balle dans la tête : c'est ce qui attend Stepan Zakhartchenka

Aujourd'hui, la Lituanie met une nouvelle fois sa réputation en jeu. Une balle dans la tête : c'est ce qui attend Stepan Zakhartchenka, un sergent de l'armée biélorusse qui, craignant pour sa vie, a fui l'année dernière en Lituanie. Le jeune homme avait refusé de signer un engagement à tirer sur ses compatriotes si des troubles massifs se produisaient en Biélorussie et que l'armée se révélât incapable de faire face aux émeutes.

Son entêtement a valu à Stepan Zakhartchenka d'être roué de coups, d'où sa décision de déserter. La Lituanie ne lui a pourtant pas accordé l'asile politique. Les fonctionnaires biélorusses l'attendent de pied ferme, prêts à l'accuser de désertion, de passage illégal de la frontière, de collaboration avec des services étrangers et de haute trahison.

“Si la justice biélorusse me juge, il s'agira d'une parodie de procès ou d'un huis clos, dénonce le jeune homme. Pas d'un procès. Ils me tueront, tout simplement, en déclarant qu'il s'agit d'un suicide ou d'autre chose. Cela se produit continuellement chez nous. Qui suis-je, moi ? Un général a été assassiné, et les journalistes disparaissent d'un jour à l'autre.”

Doté d'un physique fluet, Zakhartchenka ne ressemble en rien à un militaire servant dans les renseignements. Mais la facilité avec laquelle il a traversé les frontières témoigne de son habileté. Ni les gardes-frontières biélorusses, ni les lituaniens ne l'ont intercepté. Arrivé jusqu'à Vilnius, le jeune homme s'est rendu de lui-même à la police.

Pour servir dans l'armée, le jeune homme a interrompu ses études en Ukraine. “Quand je suis arrivé, j'ai même pensé à devenir professionnel. Je suis originaire de Gomel, à la frontière avec l'Ukraine, et je rêvais de devenir garde-frontière. Mais je n'ai pas réussi”, poursuit le réfugié

.

Violences quotidiennes dans l'armée biélorusse

Après quatre mois de service, le jeune homme a subi les premières violences. Ensuite, elles sont devenues quotidiennes. Ce n'étaient pas les autres soldats qui frappaient les plus faibles, mais les officiers, imbibés de vodka. Stepan assure qu'il aurait pu supporter les brimades, mais ce document selon lequel le soldat devait s'engager à tirer sur ses compatriotes en cas d'émeute a mis sa patience à bout. Pour avoir refusé d'y apposer sa signature, il a été une nouvelle fois frappé violemment et s'est retrouvé à l'hôpital.

“Je me suis enfui de la caserne. Je suis arrivé en taxi jusqu'à la voie rapide et ensuite une petite camionnette immatriculée en Lituanie m'a pris en stop jusqu'à la frontière. Le conducteur était étonné, mais a accepté de faire monter un déserteur jusqu'à la frontière”, se souvient Stepan, rapportant des événements qui remontent à plus d'un an.

“Les services biélorusses ont commencé à me chercher ici, en Lituanie”, explique-t-il, craignant pour sa sécurité. Pour lui, le refus de lui octroyer l'asile politique signifie que la république de Lituanie collabore ouvertement avec le régime d'Alexandre Loukachenko.

“On m'a refusé l'asile car déserter ne peut être considéré comme un argument pour l'obtenir. Pourtant, je n'ai pas fui à cause d'une rupture sentimentale ou par folie. J'ai tout simplement refusé de tirer sur mes compatriotes. Mais le département des migrations n'en a que faire”, s'énerve-t-il. Ses anciens camarades ne le soutiennent pas. Ils ont affirmé à la presse biélorusse que rien de tel ne s'est produit durant le service. Selon eux, le jeune homme est tout simplement faible et il n'a pas résisté psychologiquement.

“Mais vous savez bien comment fonctionnent les médias officiels en Biélorussie : on leur a intimé l'ordre de raconter ceci et cela”, réfute le réfugié.

Stepan Zakhartchenka espère, en rendant son histoire publique, un renversement de sa situation qui lui éviterait de retourner en Biélorussie.

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Published by bielorussie - dans Militaire
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