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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 20:11

Source : Presseurop.eu 17/10/12

 

Quand un Moldave visite “la dernière vraie dictature au cœur de l'Europe”, la comparaison avec le temps de l’Union soviétique est inévitable. Pourtant, les Biélorusses regardent vers l’Europe au moins autant que vers Moscou. 

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Ceux qui ont vu le film “The Grey Zone” (2001), réalisé par Tim Blake Nelson, se souviennent sûrement que la zone grise en question désigne l’antichambre de la mort, où les détenus d'Auschwitz étaient préparés avant d'être gazés. Par extension, la notion de zone grise implique l'incertitude et l'angoisse, mais aussi la lueur d'espoir que ce qui adviendra ne sera pas aussi macabre que ce qu’on avait imaginé. C'est ce que j'ai ressenti pendant les quatre jours que j’ai passés en Biélorussie.

Depuis 1994 [année de l’élection du président Alexandre Loukachenko], ce pays vit sous la coupe d’un d'un régime autoritaire, “la dernière vraie dictature au cœur de l'Europe”, comme le désignent les dirigeants occidentaux. Je ne pouvais manquer l'occasion de visiter ce pays, après m’y être rendu une première fois en 1998, pour le championnat d’Europe de boxe auquel je participais. A l'époque, j’avais l'impression d'être dans n’importe lequel des pays de l'espace soviétique – ni meilleur ni pire que la Moldavie, l'Ukraine ou la Russie.

 

Aujourd’hui, je porte un regard nouveau sur la Biélorussie. J’ai profité du fait d’être Moldave, avec plus d'un passeport dans mon sac [de nombreux Moldaves détiennent aussi, en raison de leur appartenance familiale, un passeport roumain, donc européen], pour sortir librement de Lituanie [le pays voisin de la Biélorussie] avec le passeport roumain, et entrer tranquillement en Biélorussie avec le passeport moldave. J’ai eu l’impression d'entrer en Transnistrie [région séparatiste pro-russe de Moldavie] : les mêmes uniformes soviétiques verts, les mêmes regards soupçonneux.

 

Une oasis de paix et de prospérité

Du train, j'ai vu des villages aux maisons soignées, des villes propres, vu de bonnes routes. A Minsk, la capitale, les rues sont larges, l'architecture de style soviétique alterne avec des bâtiments modernes, et des symboles soviétiques cohabitent avec les grandes enseignes du capitalisme occidental. Une première impression d'ordre et de tranquillité. J'ai demandé à des passants s'ils partageaient mon sentiment. Ils m'ont répondu tout en calembours, avec cette ironie qui reflète si bien la "double pensée" permettant aux Biélorusses de survivre au quotidien. “Tranquille comme dans un cimetière” et “ici, on lave nos rues et nos cerveaux”. Je me suis vite habitué à leurs plaisanteries sur la vie quotidienne, mais il m'a fallu plus de temps pour comprendre le fond des choses.

 

Dans le métro ou dans les magasins, les gens ne sourient pas, ils avancent le regard baissé. Quand il se fait tard, les groupes de plus de trois personnes risquent d'être interpelés par la police [dans le Code pénal de plusieurs pays communistes, une association de plus de trois personnes équivaut à une association de malfaiteurs]. J'ai vu la peur et l'absence d'espoir dans les yeux des passants de ce pays où tout est décidé par un seul homme, “le père du peuple biélorusse, Batiouchka”. Un pays où les élections sont falsifiées, les candidats violentés, les jeunes maltraités, où les gens disparaissent, où tout a un arrière-goût militariste, à commencer par les écoles où les services de renseignements tout-puissants assurent la paix. Un ordre de cimetière règne en Biélorussie.

Je n'ai vu à la télévision que des nouvelles teintées d'une certaine rhétorique anti-occidentale, assurant que l'effondrement de la zone euro et de l'Union européenne serait imminent et que, dans ce contexte trouble, la Biélorussie est une oasis de paix et de prospérité (bien que la plupart des gens vivent à la limite du seuil de subsistance). On y apprend aussi que la seule alternative pour le continent européen est l'Union Russie-Biélorussie-Kazakhstan, qui deviendra bientôt l'Union Eurasienne, un projet qui éveille l'intérêt de plus de 20 pays, dont la Nouvelle-Zélande et la Moldavie qui pourtant “désirait jusqu'à récemment adhérer à l'UE” !

 

Mais à ma grande joie, j'ai vu aussi une autre Biélorussie, attachée au souvenir d’un temps où ces terres appartenaient à la civilisation européenne, sous diverses formes étatiques. Une époque qui a donné plusieurs esprits éclairés à la culture européenne et mondiale, et qui a façonné un pays ancré dans les valeurs de la langue et de la culture biélorusse, et attaché au drapeau historique blanc-rouge-blanc que les Biélorusses n’arborent que dans leurs maisons depuis qu’il a été interdit par Alexandre Loukachenko en 1995, et remplacé par celui de la Biélorussie soviétique.

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L'attraction de l'UE 

Tout au long de son histoire, le peuple biélorusse a été déchiré par un éternel dilemme : faire partie de la civilisation européenne ou rejoindre un futur ensemble eurasien ? Il a appartenu à diverses constructions étatiques – de la principauté de Polotsk, considérée comme le berceau de l'état biélorusse, à la principauté de Lituanie, de la République des Deux Nations (polono-lituanienne) à l'Empire Russe ou l'Union Soviétique. Ses difficultés identitaires et linguistiques sont bien réelles, étouffé qu’il est par la langue et la culture russe.

La Biélorussie s’est pourtant efforcée à plusieurs reprises d’être autre chose qu'une partie du grand peuple russe… En 1812, elle a soutenu Napoléon contre la Russie, dans l'espoir de restaurer la formation étatique d’avant les trois divisions de la Pologne entre 1792 et 1795. En 1918, la République populaire de Biélorussie fut reconnue par l'Allemagne, l'Autriche, la Lituanie, la Lettonie, l'Estonie, la Finlande, la Pologne, l'Ukraine, la Tchécoslovaquie, l'Arménie, la Géorgie et la Turquie, avant d’être détruite par l'invasion de l'Armée rouge et transformée en République soviétique. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il y eut une autre tentative d'Etat avec la Rada Centrale, disparue avec le retour des Soviétiques. Enfin, en 1991, la Biélorussie s'est détachée de l'Union soviétique et a connu un début de démocratisation.

 

Ces souvenirs historiques rendent espoir aux Biélorusses et les poussent à sortir dans la rue pour protester, à parler leur langue plutôt que le russe dans leurs cuisines et à garder en cachette le drapeau historique. J'ai dit à mes amis qu'ils étaient encore plus malheureux “que nous, Moldaves, l'étions à l'époque soviétique”. Au moins, à l'époque, nous ne savions pas comment on vivait en Occident et nous étions convaincus de vivre dans “le pays le plus démocratique, le plus riche et le plus puissant du monde”. Aujourd’hui, les Biélorusses se rendent en Pologne et en Lituanie pour faire des achats ou pour aller à l'université, et l'Union Européenne exerce une constante attraction sur leur existence.

Je ne crois pas que le silence de cimetière puisse durer encore longtemps. Le temps où les Biélorusses pourront écouter Liapis Troubetskoï chez eux, à Minsk, Gomel ou Moguilev est proche. Même si aujourd’hui, ils ne peuvent le faire qu'à Kiev, Varsovie ou Vilnius, Batiouchka ayant interdit au groupe biélorusse le plus populaire de vivre et de chanter dans son pays.

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 19:38

 Source : 20minutes 26/10/12

Andrei-Sannikov-007.jpgLe dirigeant de l'opposition biélorusse Andreï Sannikov, sorti de prison cette année et à qui le président Alexandre Loukachenko a recommandé de ne pas «jacasser» s'il souhaite rester libre, a obtenu l'asile en Grande-Bretagne, a annoncé sa femme vendredi.

 Andreï Sannikov avait été condamné à cinq ans de détention l'an dernier pour avoir participé à des manifestations pour protester contre la réelection de Loukachenko. Il était candidat à l'élection présidentielle de 2010, que les observateurs occidentaux ont qualifiée de frauduleuse et qui a reconduit Loukachenko à la tête du pays pour un quatrième mandat.

Voir article précédent sur le même sujet

 

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 19:12

Source : Ria Novosti 26/10/12

1774809_3_db69_l-union-europeenne-a-recu-le-prix-nobel-de-l.jpg 

Minsk considère que la résolution du Parlement européen, qui conteste la légitimité du nouveau parlement biélorusse, est un document éloigné de la réalité et conduisant à une impasse, a annoncé le porte-parole du ministère biélorusse des Affaires étrangères Andreï Savinykh.

"Le parlement européen produit des résolutions standards politiquement motivées à la manière d'une machine d'impression à grande vitesse. Tel est le contenu, ou plutôt l'absence de tout contenu qui se dégage de la nouvelle résolution sur la Biélorussie", a indiqué M. Savinykh.

Ce document "est éloigné de la réalité et conduit à une impasse", a ajouté le diplomate.

Le Parlement européen a adopté vendredi une résolution dans laquelle il a déclaré ne pas reconnaître la nouvelle composition du parlement biélorusse.

"Les députés ont refusé de reconnaître le parlement biélorusse car ce dernier manquait de légitimité démocratique", a indiqué un porte-parole du législatif communautaire.

Selon le Parlement européen, la tendance de Minsk à ignorer les appels de la communauté internationale ne fait qu'augmenter l'isolement de la Biélorussie. Pour appuyer leurs dires, les députés ont cité l'existence de prisonniers politiques dans le pays, ainsi que le fait qu'aucun représentant de l'opposition n'avait été élu au parlement biélorusse.

 

Voir le précédent article sur le même sujet

 

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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 16:39
Source : France24 24/10/12
 
Le Bate Borisov surprend, étonne. Le champion de Biélorussie, vainqueur de ses deux premiers matches de poule de Ligue des Champions, a néanmoins chuté face au FC Valence. Découverte de ce club, fondé en 1973, avec le Français Aurélien Montaroup. bate-borisov-m_1.jpg
 
Il faut se pincer pour le croire, mais c’est bien le Bate Borisov (acronyme de Borisov works of Automobile and Tractor electric Equipment) qui occupait la première place du groupe F de la Ligue des Champions avant la 3ème journée de la phase de poule et sa réception des Espagnols du FC Valence mardi 23 octobre. 

logo-fc-bate-borisovPour sa 3e participation à ce stade de la compétition, le club biélorusse a commencé de la meilleure des manières : deux matches, deux victoires et un même score 3-1 face à Lille et face au Bayern Munich.
Les coéquipiers d’Aleksandr Hleb, ancien joueur du FC Barcelone et d’Arsenal, avaient pourtant, a priori, tout pour jouer dans ce groupe le rôle du souffre-douleur face au Bayern Munich, Valence et Lille, trois clubs bien plus habitués que l’équipe biélorusse aux joutes européennes.
Mais face au finaliste malheureux de la dernière Ligue des Champions, le Bate Borisov n’a pas tremblé le 2 octobre dernier. Sur la pelouse du stade du Dinamo Minsk, les Biélorusses ont donné une leçon de réalisme et de bravoure défensive aux Bavarois. De quoi ravir la presse biélorusse qui exultait alors. "L'Europe est sous le choc" titrait ainsi le site d'informations sportives Football.by.
Cette victoire face au Bayern était d’autant plus symbolique qu’elle mettait fin à 9 victoires consécutives du club bavarois toutes compétitions confondues.
 
"Ces dix dernières années, le club a fait un grand pas en avant. Aujourd'hui, nous disposons de bonnes installations et sommes capables de battre la deuxième meilleure équipe du monde, car je pense que seul Barcelone est plus fort que le Bayern en ce moment. Nous pouvons être fiers de cela. C'est quelque chose qui fera partie de l'histoire", affirme Aleksandr Hleb au site de l’UEFA.
 
 
  montaroup
Bien placés pour se qualifier en huitièmes de finale, les Biélorusses n’avaient pourtant jusqu’à présent jamais gagné de matchs en 2 campagnes de C1 (5 nuls, 7 défaites).
Le seul fait de gloire du Bate Borisov sur la scène européenne est d’avoir atteint, lors de la saison 2010/2011, les 16e de finale de la Ligue Europa face au PSG (élimination 2-2 ; 0-0). Sur la scène domestique, le Bate Borissov est en revanche un véritable ogre avec douze trophées en douze ans (8 titres, 2 Coupes et 2 Supercoupes). Actuellement, il caracole en tête du championnat biélorusse et devrait selon toute vraisemblance ajouter à son palmarès un nouveau titre de champion national.
 
  
 
 
Aurélien Montaroup,
premier et seul joueur Français
 à avoir évolué en Biélorussie
(au Dinamo Minsk, 2008-2011).
Il joue actuellement au SM Caen (Ligue 2).
 

FRANCE 24 a justement rencontré le premier et seul joueur Français à avoir évolué en Biélorussie (au Dinamo Minsk, 2008-2011), l’actuel joueur du SM Caen Aurélien Montaroup. Entretien.
 
FRANCE 24 : Que pouvez-vous nous dire sur cette équipe du Bate Borisov contre laquelle vous avez joué pendant 3 saisons ?
 
Aurélien Montaroup : La première impression que j’ai eue quand je suis arrivé en Biélorussie et que j’ai affronté cette équipe, c’est qu’elle était rodée avec beaucoup d’expérience. Selon moi, le Bate jouerait le haut de tableau en France.
 
Au Bate Borisov, on retrouve beaucoup d’internationaux. C’est quasiment l’équipe de Biélorussie ! Et l’apport d’Aleksandr Hleb est indéniable. Mais l’équipe s’appuie surtout sur leur jeune entraîneur, Viktor Goncharenko (ancien joueur du club stoppé par une blessure à un genou en 2002, entraîneur depuis 2007 ndlr.) Il est allé à l’étranger étudier ce qui se fait de mieux : Milan AC, Juventus Turin… Il s’inspire de ce football étranger et pour l’instant cela lui réussit car les résultats suivent. Justement, je pense qu’il ne va pas en rester là. Je le vois bien prendre les rênes de la sélection biélorusse ou entraîner un gros club russe.
 
Quelles sont les infrastructures et le budget du Bate Borisov ?
 
Le budget est beaucoup plus important que les 8 millions d'euros qui sont annoncés un peu partout. Je dirais qu’il tourne plutôt autour de 30 à 35 millions. Tout n’est pas déclaré, le club dit 8 millions pour l’UEFA, mais en réalité c’est beaucoup plus.
 
Au niveau des infrastructures, ils ont les moyens. Ils possèdent un très beau centre d’entraînement qui a été payé par le président biélorusse Alexandre Loukachenko. Autrement les joueurs vivent et s’entraînent à Minsk. Le club va justement construire un stade magnifique de 20 000 places sur le modèle de l’Emirates Stadium à Londres. Là encore, c’est l’État qui va payer. Pour le moment, leur stade actuel n’est pas homologué par l’UEFA, donc il joue à Minsk.
 
Comment voyez-vous évoluer le Bate Borisov dans cette Ligue des Champions ?
 
On sent qu’actuellement cette équipe a franchi un palier. Sur la scène européenne, le Bate a une grande confiance et n’a pas peur. Ils ont les moyens de sortir de leur poule.
 
À domicile, je pense qu’ils vont faire carton plein, notamment ce soir face à Valence, et qu’ils vont se qualifier pour les huitièmes de finale. Le problème, c’est qu’ils vont se jouer en janvier-février, soit en plein milieu de leur trêve hivernale. La neige va arriver en novembre et les terrains vont devenir difficiles. De janvier à mars, les clubs biélorusses se préparent dans le Sud (Turquie, Chypre) car à Minsk il y a vraiment trop de neige.
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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 16:09

Source : Presseurop.eu 25/10/12

 

Norviliskes-Pitskuny.jpg

 

A l’époque soviétique, la Lituanie et la Biélorussie faisaient partie de l’URSS, et de nombreux villages étaient à cheval sur une frontière qui n’existait que sur le papier. Aujourd’hui, se rendre de l’autre côté relève du parcours du combattant.

 

Il y a encore vingt ans, la Lituanie et la Biélorussie appartenaient à l’Union soviétique. Les deux voisines n’étaient séparées que formellement, par une ligne sur une carte. Aujourd’hui, un grillage marque la frontière, une sorte de nouveau rideau de fer érigé, lui, après la chute du communisme. Alors que la Lituanie est devenue membre de l’OTAN, de l’Union européenne et appartient à l’espace Schengen, le régime autocratique d’Alexandre Loukachenko règne sur la Biélorussie.

Ce grillage métallique surmonté de pelotes de fil barbelé n’a pas uniquement séparé deux pays, mais aussi un village. La partie lituanienne d’un côté, connue pour son château restauré du XVIème siècle et son festival de musique Be2gether, s’appelle Norviliskes ; la partie biélorusse de l’autre, Piackunai. Certaines familles ont été séparées, d’autres personnes éloignées de leurs voisins, de l’église ou du cimetière.

Ma tante habite de l’autre côté de la frontière. Nous pouvons nous parler au travers. Ni les Biélorusses, ni les Lituaniens ne l’interdisent. Nous avons seulement besoin de l’aide des voisins pour nous mettre d’accord sur l’horaire”, raconte Stanislaw Alencenowiczius dont la maison marque la fin du territoire lituanien. La frontière passe juste au milieu de son champ de pommes de terre.

Chateau blanc et masures abandonnées

Alors que les deux parties du villages sont distants de quelques pas, de l’autre côté de la frontière, on arrive dans un autre monde. Au nord-ouest du champ de Stanislaw Alencenowoczius, le château blanc de Norviliskes se distingue entre les arbres. A l’est, ce ne sont que des masures de bois abandonnées, alignées derrière une double rangée de grilles.

Autrefois l’homme, né en Lituanie, avait l’habitude de recevoir la visite de ses proches de Biélorussie, où il se rendait lui-même fréquemment. Aujourd’hui, pour aller chez sa tante qu’il peut interpeller de chez lui à voix haute, il doit faire 40 kilomètres jusqu’à la ville de Salcininkai pour y recevoir un visa au centre culturel biélorusse, avant de se rendre jusqu’au poste-frontière. Le chemin qui passe devant la maison de Stanislaw Alencenowiczius bute sur une porte fermée à double tour. A quelques pas de la frontière, du côté lituanien, aucun signe de vie dans le conteneur métallique vert. De l’autre côté, pas un seul Biélorusse en faction. Mais il ne faut pas se méprendre : il est interdit de jeter des objets de l’autre côté de la frontière, ou d’essayer de grimper. A peine avons-nous commencé à longer le grillage, qu’un minibus vert foncé sans signe distinctif est arrivé. Il s’est arrêté quelques minutes et est reparti aussi discrètement qu’il est arrivé.

Séparée de son mari depuis ... quelques années

A Norviliskes, la frontière a séparé Leokadija Gordiewicz de son mari et de ses deux sœurs. L’une habite à Piackunai, à tout juste 500 mètres de là. Sa camarade de classe s’y est aussi installée, mais impossible de poursuivre leur relation. Les femmes ne communiquent même pas au travers du grillage. “Pourquoi devrais-je enfreindre la loi ?”.

Mariée à l’époque soviétique, elle a tout d’abord vécu avec son mari en Lituanie. Puis, il a trouvé du travail en Biélorussie, obtenu un passeport biélorusse avant de décider de rester de l’autre côté de la frontière, à Asmena. Notre interlocutrice ne va pas rendre visite à ses proches. Rien que le voyage à Salcininkai et un visa annuel coûte 600 litas [174 euros]. Elle ne dispose pas de cette somme.

A la question de savoir à quand remonte sa dernière rencontre avec son mari, Leokadija Gordiewicz se met à compter dans sa tête. Il y a quelques années, mais elle ne se souvient plus quand exactement. “Je divorcerai bien, mais ça coûte trop cher”, s’esclaffe-t-elle. Elle prend toutes les questions avec humour, mais cache difficilement sa souffrance en y répondant, que ce soit à cause de cette vie partagée qu’en raison de difficultés financières.

Au milieu de la discussion, un minibus file à toute allure vers le château de Norviliskes. D’après Leokadija Gordiewicz, le week-end, les visiteurs ne manquent pas. “Les voitures sont si belles. Pourtant tout le monde dit que nous vivons mal. Mais d’où viennent-elles ? De Biélorussie”. Elle n’en doute pas, les voitures sont acquises grâce à l’argent gagné en vendant des cigarettes et de l’essence moins cher (NdT : la contrebande venant de Biélorussie).

Dans un autre village, Sakaline, pareillement divisé, la vision est la même. Les maisons lituaniennes sont toutes peintes de couleur différente, dans les cours, les massifs de fleurs sont entretenus, les potagers fournis et les branches des pommiers ploient sous le poids des fruits. Tout juste derrière la frontière, toutes les maisons sont abandonnées. Mais près du conteneur métallique vert du poste-frontière, nous trouvons un 4x4 et un garde-frontière en poste. Il faut faire le guet ici, car dans le cas contraire, ce sont les paquets de cigarettes qui se mettent à voler.

La pipe de Staline

Ici commence l’Europe”, affirme fièrement Ceslava Marcinkevic, chef du canton de Dieveniskes, la petite ville de ce bout de terre lituanien en Biélorussie, à une heure de route de Vilnius, en Lituanie. “Mais elle s’y termine aussi, car tout autour ce n’est qu’un haut grillage métallique séparant des états et des familles. Les gens ne peuvent pas se rendre visite. Les possibilités existent, mais elles coûtent du temps et de l’argent”. Ce petit territoire, la boucle de Dievenikes, s’étend environ sur 30 kilomètres du territoire de Biélorussie.

En 1939, alors que les frontières de la Lituanie étaient redessinées au Kremlin après que le territoire de Vilnius a été rendu à la Lituanie, la pipe de Staline reposait sur la carte, personne n’osant la déplacer, on en a fait le tour. Voilà la légende qu’aiment raconter les habitants du coin avec un sourire non dissimulé.

 

La véritable histoire n’est pas aussi trépidante En l’espace de cent ans, le tracé de la frontière a changé au moins cinq fois. Les habitants les plus âgés de la région s’amusent à raconter que sans déménager, ils ont réussi à habiter dans 3 états différents, la Pologne, l’Union soviétique, puis la Lituanie ou la Biélorussie. Le territoire de Vilnius a appartenu à la Pologne pendant presque toute la durée de l’entre-deux-guerres. L’Armée rouge l’a occupé en septembre 1939, mais la frontière n’a pu être tracée qu’en novembre 1940, quand l’URSS était déjà maître en Lituanie.

Quand les deux pays ont reconquis leur indépendance, la frontière interne est devenue la limite entre les deux états et rendre visite aux voisins a été possible sans trop de restrictions. Les Biélorusses pouvaient venir en Lituanie pour prier et se recueillir au cimetière sur les tombes de leurs proches parents.

Mais avec l’adhésion de la Lituanie à l’Union européenne, la frontière avec la Biélorussie s’étendant sur 677 kilomètres, est devenue la frontière extérieure de l’Union européenne, puis par la suite, la frontière de l’espace Schengen, d’où la nécessité de la sécuriser encore plus contre la contrebande et l’immigration illégale. Le visa qui valait alors 5 euros en coûte aujourd’hui 60 euros. Pour se rendre en Lituanie, les Biélorusses vivant juste à côté de la frontière doivent se rendre au consulat de Grodno, à plus de cent kilomètres, faire la queue, y retourner chercher leurs visas, passer la frontière et enfin se rendre de nouveau à Norviliskes, juste de l’autre côté. Rendre visite à de la famille qui réside à une centaine de mètres est plus compliqué que de partir à Londres ou à Paris pour le week-end.

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 18:05

 Source : Ria Novosti 22/10/12

lukashenko putin

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko estime que les nombreux problèmes entravant la coopération entre les complexes militaro-industriels russe et biélorusse peuvent être résolus.

 "Il existe des problèmes dans nos relations, mais ils peuvent être réglés, et je tiens à les examiner sérieusement en vue d'engager une coopération stratégique entre les deux pays", a déclaré mardi le président biélorusse lors d'une rencontre à Minsk avec le vice-premier ministre russe chargé du complexe militaro-industriel Dmitri Rogozine.M. Loukachenko a rappelé avoir récemment évoqué la coopération technico-militaire lors d'un entretien avec son homologue russe Vladimir Poutine à Sotchi. M. Rogozine a pour sa part souligné que les experts des deux pays avaient déployé des efforts substantiels afin de "nouer de nouveaux liens de partenariat stratégique" entre la Russie et la Biélorussie.

Selon le vice-premier ministre, l'orientation prioritaire de la coopération technico-militaire entre les deux pays consiste à "conjuguer leurs potentiels intellectuels et leurs ressources en matière de coproduction industrielle".

M. Rogozine a également fait savoir que des travaux d'envergure avaient été engagés en Russie dans le cadre du programme d'armements."Nous considérons ce programme non seulement comme un moyen de renforcer la capacité défensive de la Russie et de son allié, mais aussi comme une nouvelle tentative d'industrialisation du pays", a indiqué le vice-premier ministre. M. Loukachenko a à son tour déclaré qu'il comptait sur une coopération intense entre la Biélorussie et la Russie dans le domaine militaire.

"J'espère que les complexes militaro-industriels de nos pays fonctionneront au profit de notre défense commune", a conclu le chef de l'Etat biélorusse.

 

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 09:00

Source : Courrier International / Presseurop.eu

 

Le président biélorusse a fait de l’ancien Etat soviétique une nation paria. Lors de l’un de ses rares entretiens, il affirme à Evguéni Lebedev, patron du quotidien britannique The Independent, que son peuple préfère la sécurité à la liberté.

 

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On dit que l’on peut juger un homme aux personnes qu’il fréquente. Si c’est le cas, les connaissances d’Alexandre Loukachenko – dirigeant de la Biélorussie depuis 1994 – ne présagent rien de rassurant. Il décrit Bachar el-Assad, le président syrien dont le régime est responsable des massacres de Houla et Daraya, comme un homme “formidable”, “civilisé et absolument européen”. Il mentionne parfois le colonel Kadhafi, ainsi que Saddam Hussein. Dans ses bureaux faussement grandioses, à Minsk, il se rappelle les conversations familières qu’il avait avec l’ancien dictateur libyen : “Je lui ai dit : ‘Mouammar, tu dois résoudre toi-même la question de l’Europe !’ Puis il m’a parlé de ses relations avec Sarkozy”.

 

 

Les USA, l'ennemi héréditaire

Il se souvient aussi, d’un air sombre, de la façon dont le monde occidental s’est retourné contre lui, ancien allié sur la question irakienne. “Des émissaires américains sont venus me voir avant la crise en Irak et m’ont demandé de déclarer publiquement qu’il y avait des armes nucléaires dans ce pays. J’ai refusé. Ils ont même ajouté que la Biélorussie en profiterait en termes d’investissements, etc. Il suffisait que je les soutienne. J’ai répondu que c’était impossible car il n’y avait pas d’armes nucléaires dans ce pays. Leur réponse ? ‘On vous croit, mais la machine de guerre est déjà enclenchée, on ne peut plus l’arrêter’. Je peux vous jurer que cette conversation a eu lieu, qu’un homme est venu me voir et que nous avons discuté de cette question ici même.

 

 

"Le monde occidental essaie de me rendre démocrate à coup de matraque"

Il s’appuie sur son dossier et me fixe du regard. Un faux feu brûle dans la cheminée et les bûches en plastique éclairent faiblement son profil gauche. “Il y a deux poids, deux mesures, insiste-t-il non sans raison. Les Américains veulent nous imposer le système démocratique. Qu’ils aillent installer la démocratie en Arabie saoudite ! Est-ce que mon pays ressemble à l’Arabie saoudite ? Pas du tout ! Pourquoi ne font-ils pas campagne là-bas ? Parce que c’est un connard, mais c’est notre connard. Vous êtes des bandits. Des bandits démocrates. Vous avez détruit les vies de milliers, voire de millions de personnes [en Irak et en Afghanistan], poursuit-il. Tous les jours, le monde occidental essaie de me rendre démocrate à coup de matraque. Si c’est ça leur démocratie, ils peuvent se la garder !

 

 

La méthode biélorusse

L’autoritarisme reste dominant dans les anciens pays du bloc soviétique. Depuis son élection en juillet 1994, Alexandre Loukachenko a peu à peu consolidé son pouvoir – impitoyablement, mais avec un certain talent politique – en usurpant les branches législative et judiciaire, et en muselant les médias. Fin 2010, un léger espoir est apparu lorsqu’à l’approche du scrutin présidentiel de décembre, les restrictions ont été assouplies pour permettre la candidature de neuf opposants, un cas sans précédent. Toutefois, cet espoir n'a pas fait long feu. Lors des manifestations qui ont suivi la victoire d’Alexandre Loukachenko – une réussite frauduleuse, selon les observateurs internationaux – les forces de sécurité ont déferlé, armées jusqu’aux dents.

Le président campe toutefois sur ses positions. “Contrairement au Royaume-Uni, à la France ou aux Etats-Unis, nous n’avons jamais eu recours à des canons à eau pour disperser des émeutes. Même lorsque des manifestants se sont attaqué au palais du gouvernement et qu’ils ont défoncé la porte, fracassé les fenêtres et tenté d’occuper les locaux, nous n’avons utilisé ni canon à eau, ni gaz lacrymogène. Nous avons fait venir la police et les forces spéciales. A ce moment-là tous les badauds ont déguerpi et il ne restait plus que les militants : 400 personnes ont été arrêtées, c’est-à-dire celles qui attaquaient le palais.

Dans son dernier rapport annuel, Amnesty International souligne plusieurs témoignages récents selon lesquels des actes de torture et de mauvais traitement auraient eu lieu en Biélorussie. Le rapport mentionne également l’arrestation de centaines de personnes ayant participé à des “manifestations silencieuses”, lors desquelles elles avaient signifié leur opposition par des rassemblements dans des lieux publics où elles avaient applaudi ou fait sonner leurs téléphones mobiles. Selon Human Rights Watch, les étudiants qui critiquent le président sont désormais bannis des universités. Des fonctionnaires ont été licenciés pour le même motif.

 

 

Des rues impeccables ... et vides

Dans l’ensemble, la Biélorussie a enregistré de bons résultats économiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Alexandre Loukachenko et a longtemps fait partie des pays de l’ex-URSS en bonne santé, selon l’indice de développement humain des Nations Unies. En 2005, le FMI a confirmé qu’au cours des sept années précédentes, son gouvernement avait divisé par deux le nombre de pauvres et conservé la distribution des revenus la plus juste de toute la région. Les soins de santé étaient gratuits et l’accès à l’éducation universel.

Ces résultats ont été obtenus grâce à la méthode soviétique, puisque 80 % de l’industrie et 75 % des banques étaient aux mains de l’Etat. Toutefois, il ne faut pas oublier que la méthode soviétique implique également la privation de libertés fondamentales. Arriver à Minsk revient à mettre les pieds dans un monde qui, au moins dans le reste de l’ex-URSS, a disparu depuis vingt ans.

J’étais encore enfant lors de l’effondrement du bloc soviétique, mais je me souviens bien, surtout par rapport à la suite des événements, à quel point les rues étaient propres et les voitures rares. Minsk correspond toujours à cette image aujourd’hui : impeccable et vide. Les échos qu’elle suscite sont confirmés par son apparence. Après avoir été détruite au cours de la Seconde Guerre mondiale, la ville a été reconstruite presque intégralement par des prisonniers de guerre allemands : on y trouve des immeubles résidentiels imposants, élégants et typiques de l’époque stalinienne, ainsi que de larges boulevards balayés par les vents. On dirait une photo tirée des vieux albums de mes parents.

La ressemblance n’est pas uniquement d’ordre esthétique, elle se manifeste également d’un point de vue politique : on peut voir des agents de sécurité en civil faire des rondes à l’aéroport, dans les lieux publics et même dans certains bars ; les services de renseignement – qui s’appellent toujours KGB en Biélorussie – sont situés au cœur de la capitale dans un bâtiment néoclassique qui occupe un pâté de maisons tout entier ; une statue de Lénine trône toujours au centre de la ville.

 

 

 Lukachenko est méchant ! Et alors ? 

La crise économique mondiale a durement touché le pays et menace le “miracle biélorusse” dont se vante depuis longtemps le président. C’est grâce à son contrat social – les meilleurs systèmes en matière de santé, d’éducation et de sécurité de toute la région en échange de certains droits politiques – qu’Alexandre Loukachenko a toujours justifié son règne. Depuis quelques années, la monnaie a été dévaluée trois fois et l’inflation a pris son envol. Les subventions gazières consenties par Moscou, essentielles pour maintenir l’économie à flot, ont failli être remises en cause lorsque la Russie a brutalement augmenté les prix. Le président a alors été contraint de vendre à Gazprom la société Beltransgaz, l’un des joyaux biélorusses, afin de conserver des tarifs préférentiels.

Cette période difficile a entraîné le mécontentement de la population, une tendance qui s’est soldée par une répression accrue. Les manifestations silencieuses de l’opposition ont commencé en réaction aux représailles extrêmement rapides des autorités dès que des manifestants commençaient à scander des slogans. Ce n’est pas pour autant que cette méthode a permis d’épargner les opposants. On peut voir sur YouTube des images de la police en train de disperser ces rassemblements et ce n’est pas joli à voir.

Lukachenko est méchant ! Et alors ? a rétorqué le président lorsqu’il a dû répondre de ces actions. Sortez dans la rue, regardez autour de vous : tout est propre, impeccable, des gens normaux se promènent. Un dictateur peut au moins être fier de ça.” A-t-il fait des erreurs ? Aurait-il fait certaines choses différemment au cours de son mandat de presque 20 ans ? “Aucune erreur systématique, a-t-il répondu, puisque je ne m’en souviens pas.

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 19:00

Source : Courrier International / Gazeta Wyborcza 22/10/12

 

Le président Alexandre Loukachenko vient de nationaliser, sur un coup de tête, deux usines de confiserie dont le capital était partiellement détenu par un homme d'affaires américain. Une méthode déjà rodée, qui profite à la nomenklatura locale.

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"Même à Cuba, on ne fait pas ça", a ironisé Marat Novikov, l'homme d'affaire dépossédé de ses deux usines sur ordre du président Loukachenko.

Le 12 octobre, lors d'une réunion consacrée à l'industrie sucrière biélorusse, le président s'était indigné : "Ce sont des entreprises stratégiques pour le peuple, qui produisent pour les enfants. Pourquoi les avoir privatisées ?" L'essentiel de la réunion a porté sur la situation des entreprises Spartak et Kommounarka, spécialisées dans la production de bonbons et de chocolat, connues depuis l'époque soviétique, qui ont pour particularité la présence de capitaux étrangers. Loukachenko les a accusées d'avoir perdu plusieurs marchés et importé trop de matières premières.

Il a donc annoncé qu'à partir du 13 octobre, leur conseil de surveillance serait remplacé par des directeurs choisis par lui-même. "Il s'agit d'une décision définitive, je me fiche des directeurs et du climat pour les investisseurs", a déclaré le président. L'investisseur privé des deux entreprises, Marat Novikov, homme d'affaires américain d'origine biélorusse, est installé aux Etats-Unis. Il n'a pas pris le risque de revenir en Biélorussie pour participer à la réunion, mais il a confié à la presse que les services spéciaux biélorusses avaient commencé à fouiner autour de sa famille restée au pays.

"Nous avons monté des joint-ventures. On ne peut pas tout annuler sur un coup de tête, sans même un décret présidentiel", a-t-il déclaré à l'agence russe Biznes-Novosti. Spartak et Kommounarka ont été privatisées en 1994, puis transformées en joint-ventures, avec Novikov comme investisseur étranger. Ces derniers mois, ce dernier avait activement racheté les actions détenues par ses employés, et disposait de 54 % des parts de Spartak et de 36 % de celles de Kommounarka. L'Etat biélorusse en possédait respectivement de 13,9 % et 22 %.

Droit de préemption

Cette situation n'a pas plu aux autorités. En mars dernier, Loukachenko a publié la circulaire numéro 107 accordant aux autorités locales le droit de préemption dans le rachat des entreprises dont l'Etat est actionnaire. Le problème est que Novikov avait racheté ses actions avant la publication de la circulaire. Mais cela n'a pas empêché le tribunal biélorusse de prononcer l'invalidité de la transaction. Loukachenko a ouvertement admis qu'il avait lui-même ordonné au tribunal de se saisir de cette affaire. Selon lui, la participation de l'Etat au capital de Spartak a ainsi atteint 60 % chez Spartak et 57 % chez Kommounarka.

"Voilà le système biélorusse. Et Marat Novikov le savait bien, lui qui fait des affaires en Biélorussie depuis tant d'années", s'étonne Siarhieï Skriabets, ex-PDG du combinat de confiserie Bielbabaevskoïe, l'un des principaux rivaux de Novikov lors de la prise de contrôle de Spartak et de Kommounarka à la fin des années 90.

"Ni les droits politiques, ni le droits de propriété ne sont respectés en Biélorussie", considère l'économiste biélorusse Iaroslav Romantchouk. Le fait de déposséder les propriétaires d'entreprises sur simple décision administrative n'est pas rare. En 2011, cela est arrivé à Keramine, fabriquant de plaques de céramique et de sanitaires. A l'époque aussi, Loukachenko avait imposé une nouvelle direction au holding forestier Pinskdrew. En imposant de telles méthodes dans les conflits avec les hommes d'affaires, Loukachenko agit dans l'intérêt de la nomenklatura locale, estime l'économiste.

 

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 16:29
Source : CaféBabel 17/10/2012la-langue-bielorusse-un-art-perdu-au-belarus-langue-bieloru.jpgDepuis l’indépendance de l’Union soviétique en 1991, les vestiges de la langue titulaire nationale du Bélarus subsistent essentiellement dans les milieux culturels. Les jeunes musiciens, poètes et écrivains, souvent issus du paysage politique de gauche, s’évertuent encore à préférer le biélorusse au russe, plus populaire.
Au son de la « duda » s’anime le vaste paysage vert qui s’étend jusqu’au village d’Ozertso (Aziartso en biélorusse), en dehors de Minsk. Des accordéons font résonner leurs notes aux côtés de musiciens qui se balancent avec leur « duda », la petite cornemuse noire nationale fabriquée à partir d’estomacs de vache. Sous les branches d’un arbre, Veronika Antelieuska et Max, 20 ans, représentent un couple mythique. Pour sa troisième participation au festival folklorique Kamyanitsa, la jeune femme de 23 ans a confectionné le costume traditionnel qu’elle porte en se référant aux images d’un livre. Elle a pu entrer gratuitement sur le site. Cette étudiante de l’Institut de la culture biélorusse explique : « On préserve la musique traditionnelle, on parle aux plus vieilles générations, on prend des photos et on reconstitue ces traditions. » Derrière nous, les gémissements des gens s’élèvent de plus belle tandis qu’elle se confond en remerciements pour l’intérêt que je porte au festival.
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Tradition, folk et audace. | En Biélorussie, le Bélarus est parlé dans les régions de l’ouest telles que Mir et Nesvizh.

La transition

Premièrement, en biélorusse, « merci » se dit « dziakuj », et non « spasiba ». Deuxièmement, c’est du « biélo »-russe (et pas du bélarusse), et même si le nom incite aux revendications impériales, il n’y a aucun héritage russe à voir là-dedans. Le cordon soviétique du Bélarus a été coupé en 1991. L’indépendance a apporté au pays une seule langue titulaire nationale jusqu’à la prise de pouvoir d’Alexandre Loukachenko en1994. Encore influencé par ses voisins de droite, le Bélarus a acquis deux langues officielles dès 1995. Les nouvelles cartes du métro à deux lignes et les arrêts de bus portent les signes quotidiens de cette transition brève et concise : on peut les lire dans les deux langues. Cependant, les 9,49 millions d’habitants parlent russe en général. Tout comme la population gaélique en Écosse, seule une petite partie de la nation pratique le biélorusse (le gouvernement situe le pourcentage à 20% tandis que les agences internationales le place plutôt entre 3 et 5%) . Si la vieille génération ne parle plus cette langue, pour l’avoir évitée au sortir de la Seconde guerre mondiale quand les conditions économiques du pays les ont poussés à travailler en Russie, pourquoi leurs petits-enfants devraient-ils la pratiquer ?
18958.jpgAles Herasimenka. | “Je ne dis pas qu’effectuer ce changement de langue est facile. J’ai lu à ce sujet dans des autobiographies.”
À l’école, Ales Herasimenka, 25 ans, étudiait le biélorusse une heure par semaine. Sa « transition » est survenue à l’université. « C’est la première étape. Vous réalisez que c’est possible, rencontrer des gens avec qui pratiquer le biélorusse. » La deuxième étape est de l’utiliser dans la vie de tous les jours, la troisième est de la parler en famille. « Après l’université, on a besoin du russe pour trouver du travail, à moins d’être journaliste, poète ou d’avoir sa propre entreprise. La quatrième étape est donc de s’assurer que votre femme ou mari parle biélorusse. »
« C’est difficile de se confronter à quelqu’un qui ne partage pas la même vision que vous sur le pays. »
Volia Chajkouskaya semble avoir suivi ce schéma officieux pour parler le biélorusse à la perfection. Cette jeune femme de 24 ans travaille pour le journal biélorusse Zvyavda, est une poétesse publiée et forme un mariage (et un groupe) heureux avec son mari russophone. Elle a cependant devancé les conseils officieux d’Ales pour la première étape. « Je suis née près de Vitebsk, à la frontière russe, mais j’ai rejeté la langue de mon enfance après avoir participé à un concours linguistique biélorusse à l’école. » Elle tente tant bien que mal de parler biélorusse à sa belle-famille, mais insiste sur la manière dont le Bélarus est divisé en deux réalités. « Le russe est la langue des pro-Loukachenko, tandis que le biélorusse est la “langue de l’opposition”. » Comment cela se traduit-il dans sa vie de tous les jours ? « C’est difficile de se confronter à quelqu’un qui ne partage pas la même vision que vous sur le pays. »

Manque d’éducation

Ales Herasimenka travaille pour generation.by, le magazine de la jeunesse en langue biélorusse. « Il ne suivra pas la même voie que 34mag.net », explique-t-il en faisant référence à un magazine en ligne qui a fini par publier quelques-uns de ses articles en russe. « Avec nos 200 auteurs et notre équipe centrale de 10 personnes, étudiants pour la plupart, nous tentons de construire notre propre monde au sein d’une dictature. Nous parlons librement du gouvernement mais nous ne révélons jamais notre adresse au téléphone car nous pourrions perdre notre liberté. » Chroniqueuse culturelle, Volia pense que la politique entre naturellement dans son domaine de prédilection. Son patron est un « pro-Loukachenko ». Elle écrit sur le manque de financement pour le cinéma ou les galeries d’art, mais son travail risque d’être « corrigé » : un metteur en scène qui a réalisé un film controversé pourrait voir son nom disparaître de l’article.
18959.jpgVolia Chajkouskaya a publié sa premier anthologie sur la poésie intitulée “The Loop”, en 2007. Moins de 15% des livres sont publiés en Biélorussie de nos jours. | “J’écris sur ce que je vois. Je suis particulièrement concentrée sur l’amour et la philosophie.”
Les futurs enfants de Volia seront bilingues. Prodiguer cet enseignement dans un pays où environ 20% [seulement] des élèves apprennent le biélorusse (données de 2006) est toutefois un défi. Andrus Klikonou, membre d’un groupe de langue biélorusse pour parents, admet qu’éduquer ses enfants à Minsk est une gageure. Alors que la mascotte de Loukachenko, son héritier et troisième fils Kolia, maniait un révolver plaqué or à l’âge innocent de six ans, les trois enfants d’Andrus se rassemblent dans des groupes clandestins organisés grâce au bouche-à-oreille. « Vous pouvez envoyer vos enfants en Pologne », sourit Ales. Tout comme l’avenir des « secondes cultures » dans les sociétés est incertain, savoir si les enfants finiront par pratiquer la langue qu’ils étudient est une autre histoire.

Les filles et l’argent

À un petit stand de restauration, un groupe de jeunes hommes semblent s’indigner en entendant des étrangers parler dans la nuit. La conversation change rapidement de sujet. Ils se dirigent vers un autre endroit. « Ils parlaient “le dialecte du prisonnier”, » explique notre guide. Ce « Trasianka », ou russe pidgin, que parle Loukachenko lui vaut bien des moqueries. Dix minutes plus tard, au Graffiti Bar, des Biélorusses et des touristes russes s’engouffrent à l’intérieur de la boîte sur le rythme du funk que James Brown hurle à travers les enceintes du mur. Un danseur noir qui parle anglais est sous le feu des projecteurs, la communauté gay se mêle librement à la foule et des journalistes autrefois inculpés déambulent, cachés sous leurs capuches.
18965.jpgFondé en 1999 par un duo de mecs qui se sont depuis installés à Paris, le bar underground culte a une capacité de 60 personnes mais accueille volontiers 150 personnes qui viennent s’entasser dans ces anciens bureaux. | En octobre, le Graffiti Bar accueillera un petit orchestre derrière le bar, avec 25 musiciens et seulement 40 personnes pourront en profiter, explique Lazuk.
Andrew Lazuk, directeur artistique de 22 ans, met un terme à la rumeur selon laquelle les concerts nocturnes, la plupart du temps acoustiques, favorisent les groupes qui chantent en biélorusse. « Nous ne pouvons pas nous payer de plus grands artistes », avoue-t-il sans détour. Comprendre : qui chantent en russe. « Ce sont juste des amis qui ont besoin de faire une pause. C’est totalement impossible de se faire plein d’argent ou de devenir populaire au Bélarus. C’est pour cela que les gens viennent ici. »
18961.jpgLa colline dans le village d’ Ozertso mène vers des maisons noires en bois ainsi qu’à une grande scène de réjouissances populaires aux côtés de laquelle se tiennent des policiers. Le vent fouette au-delà des arbres, sur une tente en backstage, où nous rencontrons le joyeux Aleh Hamenka, vêtu d’un manteau de velours. Aleh, le chanteur principal de Palac, groupe folk des années 90, est le programmateur et le directeur de Kamyanitsa. « Le festival est passé de simple à courageux », explique-t-il en désignant d’un coup de têtela forte présence policière. « Il a failli être interdit car l’un des groupes avait chanté sur un sujet politiquement sensible lors d’un autre concert. D’autres, commeKrambambula, ont été mis sur liste noire. »
 
 
Aleksander Demidenko et Vladimir Koslov du groupe post-métal Re1ikt, l’un des 8 groupes qui jouent ce soir, disent qu’en vieillissant, ils ont commencé à ressentir «l’intensité biélorusse ». Les chanteurs d’une vingtaine d’années originaires deSvietlahorsk rient du fait qu’ils parlent une langue ou l’autre selon les circonstances et les gens. « On aime chanter en biélorusse, c’est notre truc. Quand on a voyagé en Europe, les gens nous demandaient pourquoi les Biélorusses parlaient russe. On peut représenter notre pays dans le monde ou créer un contexte musical avec notre propre culture et histoire. NRM a été le premier groupe de rock légendaire à chanter en biélorusse. On voulait être plus qu’un groupe de mecs qui attirent les filles et qui sont cools parce qu’ils font du rock. Le Bélarus a des racines profondes et possède sa propre âme et nature- forêts, marécages, lacs, champs. » Quant à Aleh Hamenka, il reste politiquement neutre. Il vient juste de descendre de scène après avoir accompagné sauvagement un groupe de danseuses russes du troisième âge. En guise d’explication, il nous dit : « La langue n’est pas un critère ici. » 
 
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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 15:23

Source : Le Figaro 17/10/12

 

 

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Invitée par le Quai d'Orsay, la journaliste Natalia Radzina témoigne du sort désespérant des militants des droits de l'homme dans son pays.

Au cœur de l'Europe, la Biélorussie est ce petit pays anachronique de 9 millions et demi d'habitants où il vaut mieux se taire pour rester en vie. La journaliste Natalia Radzina en a fait la cruelle expérience. Le 19 décembre 2010, alors qu'elle couvrait à Minsk les manifestations contre la réélection entachée de fraudes du président Alexandre Loukachenko, une armada de policiers et d'agents des forces spéciales l'ont tabassée sans relâche à coups de godillots avant de la traîner en prison avec quelque 700 autres contestataires. Natalia a passé un mois et demi en détention et n'a pas oublié «les hurlements de prisonniers torturés» qui parvenaient jusque dans sa cellule.

La journaliste n'a pas renoncé pour autant à parler. Elle est à Paris cette semaine, invitée par le ministère français des Affaires étrangères pour témoigner du sort désespérant des militants des droits de l'homme en Biélorussie. Libérée en janvier 2010 et placée en résidence surveillée dans la petite ville de Kobrin, elle a réussi au bout de deux mois, et avec l'aide d'amis, à se réfugier en Russie, d'où elle gagné ensuite la Lituanie.

Natalia Radzina dirige aujourd'hui le site d'information Charter 97, baptisé ainsi en hommage à la Charte 77 cofondée par Vaclav Havel dans l'ex-Tchécoslovaquie. Charter 97, qui affiche 100.000 connexions par jour, ce qui en fait le site d'information biélorusse le plus fréquenté, est désormais basé à Varsovie. En septembre 2010, son fondateur, Oleg Bebenine, avait été retrouvé pendu dans sa maison de campagne. La police avait fait état d'un suicide. Curieusement, Bebenine était à genoux.

En Biélorussie, les disparitions physiques et les enlèvements par des inconnus sont une pratique courante destinée à entretenir la terreur. Loukachenko, explique Natalia, «a laminé toute forme de contestation. Ses opposants sont soit en prison, soit en résidence surveillée, la presse est muselée et les ONG indépendantes sont interdites.» Ales Beliatski, président du Centre Viasna, la plus importante organisation de défense des droits de l'homme en Biélorussie, purge actuellement une peine de prison pour fraude fiscale.

Digne de l'ère stalinienne

Début octobre, l'ONG Plateforme, qui avait notamment révélé une tentative de suicide collectif de prisonniers, a dû cesser ses activités après avoir été accusée d'infractions fiscales. «Les détenus politiques représentent une monnaie d'échange pour Loukachenko, explique Natalia. Il les instrumentalise pour arracher des concessions à l'Union européenne en contrepartie de leur libération.» Libérés, mais brisés par «des conditions de détention dignes de l'ère stalinienne» assure la jeune femme, qui évoque, entre autres violences psychiques et physiques, des viols collectifs et des interrogatoires «par des températures inférieures à 0 ° de prisonniers nus et enchaînés».

Dirigée par un dictateur nostalgique de l'Union soviétique, la Biélorussie attend toujours sa «révolution orange» et Natalia avoue qu'elle est parfois tentée de «baisser les bras». À en juger par sa combativité, on a un peu de mal à la croire. La jeune femme parle vite et beaucoup. Elle ne cache pas un sentiment d'abandon et s'indigne que l'UE tolère la survie à ses frontières d'une dictature pure et dure lorsqu'elle est si prompte à condamner aujourd'hui les despotes du monde arabe.

Lundi dernier, Bruxelles a décidé de reconduire pour un an ses sanctions contre la Biélorussie - gels d'avoirs et interdictions de visa contre 243 membres du régime. Ce n'est pas suffisant pour Natalia qui préconise un gel total des échanges économiques. Car, malgré ces sanctions, affirme la jeune femme, «le commerce entre l'UE et la Biélorussie n'a fait qu'augmenter grâce à la revente de pétrole». Le pétrole est la colonne vertébrale de l'économie biélorusse. Acheté brut à la Russie à un tarif préférentiel, il est raffiné en Biélorussie et revendu à des pays occidentaux. Il faut savoir, poursuit Natalia, que «c'est cet argent tiré du pétrole qui finance ensuite les structures de force sur lesquelles s'appuie Loukachenko». L'UE, selon Natalia, doit aussi soutenir davantage l'opposition biélorusse en vérifiant que cette aide ne tombe pas dans l'escarcelle de pseudo-ONG contrôlées par les autorités biélorusses. La jeune femme suggère enfin d'accorder des visas gratuits aux citoyens biélorusses pour les désenclaver et les contaminer progressivement aux valeurs démocratiques.

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