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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 18:30
 POUTINE «Il faut admettre qu’il connaît le peuple mieux que nous»

Source : L'Hebdo.ch 24/12/15

 

 

Rencontre avec l’écrivaine biélorusse Prix Nobel de littérature. Elle évoque son œuvre, qui raconte cette histoire russe imbibée de larmes et de douleur. Et parle de Vladimir Poutine, de sa vision de la «Grande Russie», qu’il décrit avec des mots que tout un chacun peut comprendre.

 

Au fil des trois heures d’entretien, Svetlana Aleksievitch ne cesse de s’excuser pour l’allure de son appartement. Elle a vécu quelques années en Allemagne, en France, en Italie, et connaît les standards occidentaux. Son trois-pièces minuscule se situe dans une gigantesque tour d’habitation de Minsk, la capitale biélorusse. Les murs de son logis sont tendus de tapis à la mode est-européenne. Mais elle a fait entrer le monde chez elle : photos du château de Neuschwanstein, en Bavière, d’une gondole à Venise, d’une pagode chinoise.

La cuisine est le lieu où l’on cause. Et c’est ainsi qu’elle a composé ses livres: dans la cuisine des gens. Elle y a interrogé les mères de soldats, les enfants de la guerre, les vétérans de l’Armée rouge de la Seconde Guerre mondiale, les survivants de Tchernobyl. Elle les a enregistrés et a tout mis à plat sur son bureau surmonté d’une photo de Fedor Dostoïevski. Il en résulte des collages de témoignages que l’on lit comme des romans d’un genre nouveau: La guerre n’a pas un visage de femme, Les cercueils de zinc, La supplication: Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse ou encore La fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement.

Ces livres sont faits d’amour et de souffrance. La souffrance de ceux qui racontent la peur de la mort, la sujétion et la salissure. Et l’amour de cette femme qui a écouté des heures, des jours, des semaines, des années. Comme une compositrice, elle a rassemblé les témoignages en histoires, elle a mis en évidence la mélodie et la cadence de la vie en Europe de l’Est. Elle se borne à décrire et c’est ce qui donne à son travail toute son humanité: pourquoi l’homme fait-il la guerre? Quelle est l’essence de la guerre?

On dit que le président Alexandre Loukachenko vous a félicitée. Pourtant vous l’avez souvent critiqué sévèrement. Que vous a-t-il dit?

Rien. La TV a affirmé qu’il m’avait félicitée. La publication du prix Nobel tombait en même temps que l’élection présidentielle, de sorte que beaucoup d’observateurs étrangers étaient ici. L’information s’adressait à eux. Une semaine plus tard, une fois que les étrangers étaient partis, il a dit que je crachais dans la soupe, que je traînais le peuple biélorusse dans la boue.

Que disent vos voisins?

Ils m’ont félicitée. Ils sont fiers de moi.

Quel genre de personnes habitent ici?

A l’origine, l’immeuble a été construit pour les cadres du Parti. Ces dernières années, nombre d’entre eux se sont enrichis et ont emménagé dans des villas. Ils ont été remplacés par quelques artistes. Notez que l’immeuble a été agrandi d’une annexe où le prix d’un appartement vaut autour de 1 million de dollars.

A peu près la somme que vous vaut le prix Nobel.

Je ne suis pas intéressée par le luxe. La liberté m’importe davantage.

Vos livres sont insolites, ils sont organisés comme de grandes œuvres chorales. Ils exigent un gros effort, car ils reposent sur des centaines d’interviews. Comment travaillez-vous?

Il m’a fallu plusieurs années pour chaque livre. Dans le premier, il était question des femmes de l’Armée rouge. Elles avaient combattu contre les Allemands et avaient été spoliées de leur histoire, qui n’est pas apparue dans la version soviétique officielle de la guerre. J’ai voulu combler cette lacune. J’ai alors déniché des centaines de femmes. Pour mon livre sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, j’ai parlé avec ceux que l’on nommait les liquidateurs qui, armés de pelles, ont nettoyé le graphite du toit du réacteur. Peu après le désastre, ils étaient encore en vie. C’est ainsi que cela se passe chaque fois: je cherche des gens perturbés qui peuvent parler de ces choses-là. La plupart des gens grimpent sur le tapis roulant de la vie et n’ont jamais l’occasion de formaliser ce qu’ils ont vécu. Mes livres naissent de conversations avec des gens qui le font. Toute notre histoire est imbibée de larmes et de douleur. Je voudrais comprendre qui ils sont et ce que nous sommes.

Quand vous êtes-vous mise à l’écoute?

Mes parents étaient instituteurs. Durant mon enfance, il n’y avait pratiquement pas un homme au village, à part les vieux, mon père et le directeur de l’école. Les autres étaient tombés à la guerre, soldats ou partisans. Les femmes en parlaient entre elles et j’ai écouté.

C’est le début de votre vie d’écrivaine?

Possible. Je me suis éprise de la voix humaine et, plus tard seulement, j’ai compris que l’on pouvait transformer cette voix en un livre et que ce serait un livre important et utile, avec énormément de narrateurs. Le livre de ceux qui n’ont jamais rien raconté et à qui personne n’a jamais demandé ce qu’ils pensaient des grandes idées.

La plupart des protagonistes de vos livres sont des gens traumatisés.

A la différence de l’Occident, dans l’ancienne Union soviétique il n’y a pas de tradition de psychothérapie. Nous n’avons pratiquement pas de thérapeutes. C’est pourquoi nous parlons entre nous et ces conversations ont une fonction psychothérapeutique.

Vous vivez en Biélorussie, un pays qui a sa langue propre. Mais vous écrivez en russe. Pourquoi?

Mes livres ont une cohérence. Ils sont la chronique de l’âme rouge, l’histoire de l’homme utopique. J’y ai travaillé presque quarante ans. Ce sont les cent dernières années de notre histoire. Or cette utopie parlait russe.

L’«homo sovieticus».

Exactement. Le russe était la langue d’un immense espace, du grand laboratoire marxiste-léniniste. Cet espace était plus grand que la Russie. La Biélorussie, patrie de mon père, en faisait partie. Je suis née en Ukraine, d’où vient ma mère. La culture et la langue russes sont la grande agrafe qui tenait tout cela ensemble. En moi aussi.

Vladimir Poutine justifie sa soif de pouvoir par la protection de la «terre russe». Qu’est-ce qui différencie son monde du vôtre?

La différence n’est pas géographique ni lexicale. Reste que des mondes nous séparent. Quand Poutine parle de la «Grande Russie», il entend un pays édifié sur une mentalité militaire dont la tradition est aussi ancienne que l’histoire russe, sanguinolente et faite de conquêtes. Nous sommes des gens de guerre et, aux époques où nous n’avons pas fait la guerre, nous nous y sommes préparés. Dans le monde russe de Poutine, tout homme est un soldat.

On a cru un temps que la Russie deviendrait plus démocratique, qu’elle se réformerait.

Ça n’a pas marché, nous avons galvaudé nos chances.

Vous étiez une des intellectuelles de la perestroïka, de l’époque où l’Union soviétique s’ouvrait et se modernisait. Qu’est-ce qui a raté?

Dans les années 90, nous étions romantiques. Nous avons tenté d’entamer un dialogue avec le peuple. Mais le peuple est resté coi. Et personne ne comprenait pourquoi. C’était pourtant simple: nous avons confronté le peuple à des sujets trop compliqués à comprendre. La liberté, c’est quoi? Ce n’est que lorsque Poutine s’est mis à parler de «Grande Russie» que les gens ont compris. Pour atteindre le peuple, nous devons inventer une nouvelle langue.

Pensez-vous qu’un jour les choses iront mieux?

Je l’ai pensé, quand bien même je ne voyais pas de gens libres autour de moi. La plupart pensaient qu’il suffirait de descendre dans les rues et de hurler des slogans pour que la liberté nous tombe dessus. Mais personne n’a compris ce que la liberté suppose.

Après la fin de l’URSS, beaucoup de gens ont cru que l’Etat-nation serait un nouveau cadre de développement, qu’il constituerait une identité. En Géorgie, sur la Baltique, en Ukraine et en Biélorussie, partout sont nés des Etats-nations.

J’ai toujours cru aux idéaux nationaux mais je refuse d’accepter le nationalisme. Partout le nationalisme mène à des bains de sang. Je crois que nous devrions en premier lieu construire une démocratie. En Biélorussie, nous avons une population mélangée avec une forte minorité russe. Tous ces intellectuels devraient-ils quitter le pays? Ce serait trop bête. Mais nombreux sont ceux qui le souhaitaient.

On dirait que, pour vous, les années 90 ont été une période d’erreurs.

C’était une belle période, naïve. Nous avons imaginé le peuple. Aujourd’hui, il nous faut admettre que Poutine et Loukachenko connaissent le peuple mieux que nous. Ils parlent sa langue.

Dans tous vos livres vous faites entendre la voix du peuple et en même temps vous prétendez ne pas l’avoir compris.

Si vous lisez mes livres attentivement, vous le verrez: on est en plein dans le sujet. Chacun proclame sa propre vérité: le communiste, le bourreau, le démocrate. Je tente de décrire ce gigantesque chaudron russe et tout ce qui y mijote. Je n’aime pas la notion d’«homo sovieticus». Car pour beaucoup de démocrates qui ne s’accommodent pas de leur déception, c’est devenu une insulte. Pas pour moi. Mon père était communiste, il s’est fait inhumer avec son livret du Parti. Si je haïssais mon peuple, je devrais aussi haïr mon père, mes amis, mes proches. Je voudrais les comprendre mieux.

Vous décririez-vous comme une «homo sovieticus»?

Bien sûr! J’ai dû parcourir beaucoup de chemin avant de me libérer intellectuellement. J’ai longtemps cru à un socialisme à visage humain. Ce n’est que lorsque je suis arrivée en Afghanistan et que j’ai vu ce que les troupes soviétiques y avaient fait que j’en suis rentrée désillusionnée.

La démocratie nécessite-t-elle plus de temps?

En Occident, on pense que les non-Occidentaux fonctionnent exactement comme les Occidentaux. Mais il y a des différences dictées par l’histoire et nous en sommes à des niveaux de développement politique différents. Des changements globaux nécessitent beaucoup plus que les vingt à vingt-cinq ans que nous avons eus. Il y faut plusieurs générations. La révolution d’octobre fut une tentative d’accélérer le cours du temps. Les bolcheviques disaient: «Nous allons pousser l’humanité vers le bonheur – d’une main de fer.» Ce fut l’échec.

La violence et la guerre vécues par les gens sous-tendent vos livres. En Occident, on s’est longtemps senti à l’abri. Le terrorisme dont l’Europe fait aujourd’hui l’expérience est-il une nouvelle forme de guerre?

Je n’ai plus une définition unique de la guerre. Il y a la guerre conventionnelle, sur laquelle j’ai écrit: la Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Afghanistan. Et il y a Tchernobyl. Je me rappelle comment on a évacué les gens, surtout des vieux, des zones contaminées. Les vieux avaient connu la Seconde Guerre mondiale et ne comprenaient pas pourquoi ils devaient fuir: le soleil brillait, les souris vaquaient à leurs occupations, des soldats russes étaient là. Les vieux ne cessaient de demander: «C’est la guerre?» Je garde cette image en mémoire: un soldat emmène hors du village une vieille femme avec une passoire pleine d’œufs. Il y avait de vastes fosses où l’on devait jeter le beurre, le lait, les œufs et les enterrer tout de suite. C’était le monde à l’envers: il fallait laver les arbres et le bois de feu et enterrer les denrées alimentaires. Désormais, la mort avait beaucoup de nouveaux visages. L’eau pouvait tuer les gens quand ils allaient se baigner, la terre s’ils restaient trop longtemps assis. Le terrorisme est une nouvelle forme de guerre: nous sommes livrés à des fanatiques dérangés. Comment les combattre? Je l’ignore. Nous ne sommes strictement pas préparés à cela. L’humanité n’aura pas besoin de tous les missiles nucléaires qu’elle a accumulés. A l’avenir, on aura de tout autres guerres mais nul ne sait lesquelles.

En Russie, personne ne pense à la guerre d’Afghanistan quand on montre des photos des pilotes dont l’avion a été abattu par les Turcs?

Non. A une récente date anniversaire, Poutine a dit: «L’envoi de troupes soviétiques en Afghanistan fut une bonne décision.» Du coup, on évoque une guerre de héros. Et on accuse de plus en plus souvent Gorbatchev d’être un criminel pour avoir laissé l’Union soviétique se désagréger. Vingt-cinq ans ont passé, en Biélorussie la dictature de Loukachenko tient le coup et en Russie les gens ont été dépouillés et trompés. Il y a de la haine dans l’air.

Le prix Nobel a-t-il changé votre vie?

C’est un sentiment étrange de se retrouver en compagnie de poètes comme Joseph Brodsky et Boris Pasternak. Je ne me suis pas encore habituée à cette idée. A ma première conférence de presse, on m’a interrogée sur l’Ukraine et j’ai dit que Poutine y avait déclenché une guerre civile. Il y a peu, personne ne se serait intéressé à une telle déclaration. Maintenant, mes paroles ont du poids.

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 19:13

Alexievitch:"le prestige n'aide pas toujours sous une dictature" L'écrivaine Bélarusse Svetlana Alexievitch, lauréate 2015 du prix Nobel de littérature, s'est exprimée en conférence de presse dimanche 6 décembre à l'approche de la remise officielle de son prix.

Source : LePoint.fr 07/12/15

 

 

 

 

La lauréate du prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch a dénoncé lundi à Stockholm le "bellicisme" de la Russie, qui équivaut, selon elle, à un retour aux travers du militarisme soviétique.

"Nous voilà revenus au temps de la force. Les Russes font la guerre aux Ukrainiens. À leurs frères", a déclaré dans son discours devant l'Académie suédoise l'auteur bélarusse, elle-même de mère ukrainienne.

"Des avions russes sont en train de bombarder la Syrie... Le temps de l'espoir a été remplacé par le temps de la peur. Le temps est revenu en arrière...", a-t-elle déploré.

Mme Alexievitch est l'auteur de deux ouvrages qui, à partir de témoignages, dénoncent l'horreur des guerres faites par l'URSS : "La Guerre n'a pas un visage de femme", son premier livre, paru en 1985, sur la Deuxième Guerre mondiale, et "Les Cercueils de zinc", paru en 1991, sur l'invasion de l'Afghanistan.

Le premier était prêt dès 1983, mais il avait fallu attendre la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev pour que Moscou donne son imprimatur. La lauréate a rapporté les paroles d'un censeur de l'époque : "Après votre livre, personne n'ira plus faire la guerre ! (...) Votre guerre est effroyable. Pourquoi n'y a-t-il pas de héros ?"

"Je ne cherchais pas des héros. J'écrivais l'histoire à travers les récits de témoins et de participants que personne n'avait remarqués. Auxquels personne n'avait jamais rien demandé", a-t-elle expliqué.

La guerre en Afghanistan, qu'elle est allée voir en 1989, a été un tournant pour elle : "Avant l'Afghanistan, je croyais dans le socialisme à visage humain. Je suis revenue de là-bas libérée de toutes mes illusions".

Aujourd'hui, l'opinion en Russie et au Bélarus "se divise entre slavophiles et occidentalistes, entre traîtres à la nation et patriotes", selon elle.

Svetlana Alexievitch doit recevoir le prix Nobel jeudi des mains du roi de Suède. La cérémonie ne sera pas retransmise par la télévision publique au Bélarus, pays dont le régime se méfie de cet écrivain qui a accédé à une notoriété mondiale.

 

Soirée d'exception pour les lauréats des prix Nobel. Ils ont été reçus en grande pompe à Stockholm par le roi Charles Gustave de Suède.

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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 20:23
En Biélorussie, le boom inattendu de la high-tech

Source : NotreTemps.com 10/12/15

 

Le Bélarus, avec son économie contrôlée d'une main de fer par l'Etat, n'a a priori pas grand chose en commun avec la Silicon Valley. Pourtant, ses programmeurs ont signé des succès mondiaux comme l'application de téléphonie Viber ou le jeu World of Tanks.

 

 

L'ex-république soviétique de 9,5 millions d'habitants est dirigée depuis plus de vingt ans par l'autoritaire président Alexandre Loukachenko. Son économie, maintenue à flot par la Russie, est plus connue pour ses tracteurs ou minerais que pour ses innovations.

Pourtant, avec sa culture scientifique héritée de l'époque soviétique et des incitations fiscales, le Bélarus a su développer un secteur technologique dynamique, qui emploie plus de 38.000 personnes au niveau de vie et à l'indépendance politique rares pour le pays. Ses exportations, avec des taux de croissances atteignant 50%, devraient atteindre 800 millions de dollars cette année.

Des programmeurs informatiques bélarusses et israéliens d'origine bélarusse ont ainsi développé l'application Viber, qui permet d'envoyer des messages ou passer des appels gratuitement entre smartphones. La société israélienne Viber Out a été rachetée récemment par le groupe japonais Rakuten.

Mais la réussite la plus frappante de ce secteur reste le jeu de guerre World of Tanks qui a séduit plus de 100 millions d'amateurs. Pour le directeur de son éditeur, Wargaming.net, Viktor Novotchadov, le dynamisme de la high-tech bélarusse a ses racines à l'époque soviétique.

Le pays abritait alors "la production la plus avancée scientifiquement et les spécialistes les mieux qualifiés", raconte cet homme énergique, interrogé par l'AFP lors d'un récent forum d'investisseurs.

L'Union soviétique était réputée pour la qualité de ses mathématiciens et physiciens. Cette tradition s'est poursuivie après son éclatement par plusieurs générations d'informaticiens de haut niveau et l'apparition de groupes internet capables de rivaliser localement avec leurs concurrents américains.

- 'Autre réalité' -

Au Bélarus, la tendance a été soutenue par la création en 2005 du Parc des Hautes Technologies, zone d'activité où les entreprises du secteur sont exemptées de taxes.

"La plupart des pays de l'ex-URSS n'ont toujours pas d'équivalent à notre Parc des Hautes Technologies" et "se retrouvent distancés", constate M. Novotchadov. "C'est incroyable, ils ont souvent plus de ressources financières que nous, mais cela ne suffit pas".

Cette zone d'activité est en réalité essentiellement virtuelle avec seulement quelques bâtiments près du centre de Minsk. La plupart des 144 sociétés "résidentes" se trouvent ailleurs dans le pays mais bénéficient de ses avantages fiscaux.

La recette semble fonctionner, au point que le Parc embauche hors des frontières du Bélarus. Selon son directeur adjoint Alexandre Martinkevitch, 10% des employés sont étrangers : Allemands, Français, Britanniques et Sud-Coréens.

Ce vivier d'entreprises privées tranche avec les grandes industries publiques représentant une grande partie de l'économie bélarusse. Et cette indépendance financière entraîne une certaine indépendance politique.

Vadim, un programmeur de 24 ans du Parc de Hautes Technologies, confie avoir participé aux manifestations de l'opposition contre la présidentielle d'octobre, remportée haut la main par Alexandre Loukachenko.

"Les programmeurs ont participé à la manifestation contre la base militaire russe, parce que nous formons une intelligentsia et que l'intelligentsia doit se préoccuper de ce qui se passe dans le pays", explique le jeune homme.

Cette manifestation a réuni un millier de personnes récemment contre le projet de base militaire voulue par Moscou, dans une rare expression de mécontentement public.

"Nous n'avons pas peur d'être renvoyés : nous trouverons toujours un autre emploi", estime Vadim, qui demande cependant que son nom de famille et celui de son employeur ne soient pas mentionnés.

Très demandés, les informaticiens bénéficient de conditions de vie confortables avec des salaires mensuels moyens qui sont passés en dix ans de 236 dollars à environ 2.000, selon le directeur adjoint du Parc des Hautes Technologies.

Salaires indexés au dollar, taux d'imposition à 9% contre 13% pour le reste de la population et avantages sociaux : leur situation semble d'autant plus enviable que leur pays traverse une crise économique à cause de la récession en Russie et a dû dévaluer sa monnaie plusieurs fois ces derniers mois.

"Etre programmeur au Bélarus, cela veut dire avoir réussi", résume l'économiste Pavel Daneïko. "Par rapport aux autres Bélarusses, ils vivent dans une autre réalité".

 

Article précédent sur le même sujet

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 22:04

Source : Lyon Capitale 13/11/15

 

 

Les sanctions de l’Union européenne contre ce pays gouverné depuis vingt et un ans par Alexandre Loukachenko ont été levées le 12 octobre dernier.

 

 

 

"La dernière dictature d'Europe". Un surnom peu glorieux qui colle à la peau de ce pays coincé entre l'Ukraine, la Russie et la Pologne. Reste que les sanctions de l'Union européenne ayant été levées, à la suite du bon déroulement du dernier scrutin présidentiel, la Biélorussie peut réenclencher ses relations diplomatiques avec les pays membres. Dont la France.

Un traité d’amitié entre Lyon et Minsk

C'est ainsi qu'un consulat biélorusse a été créé à Lyon au mois d'octobre, et sera inauguré le 10 décembre, selon l'AFP. Le diplomate Pavel Latushko avait préalablement rencontré les membres de la CCI de Rhône-Alpes et ses compatriotes de la diaspora biélorusse.

Le choix de la capitale des Gaules comme ville d'accueil de ce premier consulat biélorusse sur le sol français a été guidé par l'existence d'un traité d'amitié, signé en 1976, entre Lyon et Minsk, la capitale de la Biélorussie.

 

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 20:39

Source : FranceTVinfos 24/10/15

 

"Marc Chagall, les sources de la musique", une vaste exposition consacrée à la relation très forte entre Marc Chagall et la musique s'ouvre samedi 24 octobre à La Piscine de Roubaix, complétant celle en cours à la Philharmonie de Paris.

 

Quelque deux cent trente oeuvres - tableaux, dessins, vitraux - sont proposés au public au musée roubaisien. Paris - "Le triomphe de la musique" - et Roubaix offrant "chacun un chemin différent dans l'étude du thème de la musique" chez l'artiste, d'après le commissaire de l'exposition Bruno Gaudichon.

La Piscine a déjà consacré deux expositions à Chagall (2007 puis 2012), mais "Les sources de la musique" présentent des oeuvres qui, à trois ou quatre exceptions près, étaient absentes des sessions précédentes."Il faut faire chanter le dessin par la couleur, il faut faire comme Debussy", avait dit à son ami Lino Melano celui qui peignit le plafond de l'Opéra Garnier à Paris (1963), sur commande d'André Malraux.

 

 

Une enfance marquée par la musique

Servie par des éclairages très étudiés, l'exposition met en valeur la musicalité du travail de l'artiste. Chez Chagall"l'inscription de la musique dans les gènes crée une façon de peindre singulière", explique M. GaudichonSa relation à la musique naît entre autres de son enfance, passée, rappelle-t-il, "dans une communauté juive hassidique à Vitebsk" (hier en Russie, aujourd'hui en Biélorussie).

 "La spécificité de cette communauté c'est qu'elle prône la musique, la danse, le rythme, comme un moyen d'entrer en contact avec Dieu". Le portrait de son frère David, pénétré par les mélodies de sa mandoline, reflète l'intensité du lien musical de l'artiste, qui imprègne aussi ses représentations des arts du spectacle, du cirque en particulier.

L'exposition bénéficie aussi de prêts très prestigieux, comme celui de "L'hommage à Apollinaire", "un tableau qui ne quitte quasiment jamais son musée d'Eindhoven, aux Pays-Bas", selon Bruno Gaudichon.

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 21:16

Source : Arte.fr 10/10/15

 

Alexandre Loukachenko n'a pas de soucis à se faire, il restera Président de la Biélorussie. Pourtant la contestation enfle, notamment chez les petits commerçants particulièrement malmenés : ils sont victimes depuis des années de fortes hausses de la fiscalité et de contrôles de plus en plus fréquents. Certains d'entre eux, excédés, ont accepté de témoigner. 

 

 

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 20:58

Source : Arte.fr 10/10/15

 

 

Enseigner et apprendre dans la clandestinité, c’est le choix courageux fait par dix professeurs et leurs élèves à Minsk.

 

Il y a 12 ans, les autorités biélorusses ont fermé leur lycée, y voyant un foyer de dissidents potentiels. Le tort de cet établissement ? Enseigner en biélorusse et transmettre des valeurs démocratiques. Un acte de résistance contre le régime autoritaire pro-russe du président Loukachenko, au pouvoir depuis 1994. Depuis sa fermeture, le lycée des Humanités a trouvé refuge dans une maison de la banlieue de Minsk où une cinquantaine de lycéens suit sa scolarité en cachette. Exceptionnellement, le directeur du lycée, Vladimir Kolas, a accepté de faire entrer une caméra dans son école. Elèves, professeurs, parents, nous les suivons dans leur quotidien. Nous partons aussi à la rencontre des anciens élèves qui sont venus grossir les rangs de l’opposition au pouvoir en place - 

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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 17:29
Le prix Nobel de littérature attribué à la Biélorusse Svetlana Alexievitch

Source : Le Monde 08/10/15

 

En attribuant le prix Nobel de littérature à la Biélorusse Svetlana Alexievitch, qui faisait figure de grande favorite, l’académie suédoise récompense une auteure qui a la passion du réel. De livre en livre, cette écrivaine engagée, née en Ukraine en 1948, dénonce la guerre, la violence, le mensonge dont fut tissée l’histoire de l’ancien empire soviétique. Première femme de langue russe à recevoir cette récompense, elle prend la suite de Pasternak (1958), Soljenitsyne (1970) et Brodsky (1987).

 

Son œuvre forte et cohérente chemine à la lisière du documentaire. Les livres de Svetlana Alexievitch – six à ce jour – sont bâtis à partir de récits, tous patiemment collectés, dans un souci de vérité et de justesse. « Je vais vers l’homme pour rencontrer son mystère », dit-elle, « d’âme à âme, parce que tout se passe là ». Svetlana Alexievitch n’a jamais recours à la fiction : seul le récit lui paraît être véritablement à la hauteur de ce qui arrive. Elle en donne la preuve dès son premier ouvrage, La guerre n’a pas un visage de femme, publié en 1985, rassemblant les souvenirs des combattantes de la seconde guerre mondiale. Rompant avec la geste héroïque, l’ouvrage fait entendre la vérité de cette « inhumaine besogne humaine » qu’est la guerre. Il est jugé « antipatriotique, naturaliste, dégradant » par les pouvoirs en place. Mikhaïl Gorbatchev, malgré la polémique, n’interdit pas le livre. Il se vend en URSS à plusieurs millions d’exemplaires.
 

 

« Sculpter une époque »

Mais c’est Les Cercueils de zinc (1989), consacré au retour d’Afghanistan, qui la mène devant la justice en même temps qu’il la fait connaître en Europe. Sept ans plus tard, La Supplication, Tchernobyl, chronique du monde après l’Apocalypse, traduit en dix-sept langues, – et à ce jour encore interdit en Biélorussie –, donne la pleine mesure de son talent : un chœur d’hommes et de femmes y raconte le calvaire subi après l’accident nucléaire. Magistrale polyphonie que l’on retrouve dans son dernier ouvrage en date, La Fin de l’homme rouge (2013, prix Médicis essai), consacré à cet « homo sovieticus » qu’il s’agit de sauver du mensonge et de l’oubli en en racontant les rêves, les épreuves et surtout le tragique destin. « Sculpter une époque », voilà ce qui importe à l’écrivaine, rendre ses spasmes et ses tremblements. Non pas l’histoire, telle que consignée dans les archives et les chroniques autorisées, mais « l’histoire des émotions, de l’esprit, de l’expérience humaine ».

 

Fille d’instituteurs qui l’ont inscrit aux Komsomols (les Jeunesses communistes), élevée dans une petite ville, Svetlana Alexievicth a fait des études de journalisme en Biélorussie. Très critique du régime d’Alexandre Loukachenko qui préside aux destinées de son pays depuis plus de vingt ans, elle vit aujourd’hui à Minsk, après un long séjour à Berlin.
 
 

« Ne pas faire de concessions devant un pouvoir totalitaire »

La Biélorusse Svetlana Alexievitch a déclaré éprouver une « grande joie » après être devenue prix Nobel de littérature et a appelé à « ne pas faire de concessions devant un pouvoir totalitaire ». « C’est une récompense non seulement pour moi, mais aussi pour notre culture, pour notre petit pays qui a toujours vécu comme entre des pressoirs », a-t-elle déclaré au cours d’une conférence de presse à Minsk organisée dans les locaux d’un journal d’opposition. « J’aime le monde russe, bon et humaniste, devant lequel tout le monde s’incline, celui du ballet et de la musique […] « Mais je n’aime pas celui de Béria, Staline, Poutine et Choïgou, cette Russie qui en arrive à 86 % à se réjouir quand des gens meurent dans le Donbass, à rire des Ukrainiens et à croire qu’on peut tout régler par la force ». Devenir un prix Nobel de la littérature « est une grande joie personnelle », a-t-elle conclu.

 

Article précédent sur le même sujet

L'annonce du Prix Nobel de littérature 2015

Reportage d'Euronews

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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 20:07

Source : Courrier International 20/09/15

 

En réformant la langue biélorusse, le régime vise les médias et les groupes d’opposition qui l’utilisent.

 

Le président Loukachenko a ordonné au ministère de l’Education nationale de mettre à jour l’alphabet et la ponctuation de la langue biélorusse, rappelant que celle-ci est toujours régie par des règles édictées en 1957. Dans un monde où tout est voué à être amélioré, il est impensable que la langue soit une exception, a-t-il expliqué. Rappelons qu’Alexandre Loukachenko ne s’exprime que rarement dans la langue de son pays, parce qu’elle ne lui permet pas de “transmettre sa pensée dans toute sa profondeur et ses nuances”, il préfère le russe.
Selon les spécialistes, la réforme envisagée consiste tout simplement à russiser la langue biélorusse, en gommant ses particularités. Mais la question de la langue dans ce pays est profondément politique. Les règles de la langue écrite biélorusse ont été définies, au début du siècle, par le philologue Bronislav Tarachkevitch, d’où son nom de tarachkevitsa (ou trachanka). Cette langue-là a été interdite par Staline en 1933, au profit du russe. Dans les années 1990, après la proclamation de l’indépendance de la République, la tarachkevitsa a été remise au goût du jour et un ambitieux programme de synthèse de la langue biélorusse, conciliant son passé et son présent, a été mis en place.

En 1994, peu après son arrivée au pouvoir, Loukachenko a estimé qu’il y avait des choses plus importantes à faire dans le pays que s’occuper de la langue. Aujourd’hui, ce sont les partis, associations, personnalités d’opposition qui continuent d’utiliser la tarachkevitsa, ainsi que les rares médias non officiels. Cela n’a pas échappé au pouvoir. “Il ne s’agit pas d’une quelconque réforme de la langue, mais d’une interdiction pure et simple de la tarachkevitsa ainsi que des supports qui l’utilisent”, estime le linguiste Dmitri Savka. Le président de la Société de défense de la langue biélorusse, Oleg Troussov, n’attend, lui non plus, rien de bon de ces réformes. “En deux mots, il faudra mettre un ‘P’ majuscule au mot président, voilà l’essence de la réforme, ironise-t-il. En revanche, des journaux qui continuent à utiliser la trachanka, comme Nacha Niva (opposition), seront interdits.”
Certains linguistes ont également trouvé curieux de ne pas avoir été consultés sur cette “révision” de la langue biélorusse, entièrement confiée aux fonctionnaires du ministère de l’Education nationale. Une fois établies, les nouvelles règles linguistiques seront soumises à Alexandre Loukachenko et validées par oukaze présidentiel.

 

 

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Merci pour la réforme de l’éducation", ou devrais-je dire "Mairssi pour la raiphorm de l’èdukassion"

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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 15:24

Source : La Montagne 12/01/15

 

L’épouse de Michel Renaud, tué dans l’attentat à Charlie Hebdo, a choisi de témoigner devant les journalistes à l'issue de la manifestation de dimanche.

 

Elle est arrivée entourée de membres de sa famille et de Gérard Gaillard, secrétaire de l’association organisatrice du Rendez-vous du carnet de voyage, qui était au côté de Michel Renaud, mercredi à Charlie Hebdo.

Gala Renaud tenait par la main Vassilissa, leur petite fille, blottie contre sa maman. Toutes les deux, très dignes et se sont laissées photographier. Gala, alors, a commencé à raconter qui était « l’homme le plus merveilleux du monde ».

« C’était l’homme de ma vie, le papa de ma fille », a-t-elle ajouté. Elle a raconté les voyages dont Michel Renaud avait la passion. « Il voulait voir le monde, il voulait voir les gens. C’est l’humain qui l’intéressait ». Celui qui a été assassiné en plein Paris mercredi dernier avait parcouru « tant de pays dangereux: la Jordanie, la Syrie, le Yémen; la Corée du Nord, la Russie, l’Asie centrale ». Le Kirghizistan, leur « projet de famille » pendant un an. « Nous étions très très heureux ».

Michel Renaud, a rappelé sa veuve, était aussi un journaliste diplômé. « Il a toujours écrit; c’était sa passion , sa profession. La Terre entière l’intéressait ».

Gala Renaud se rappelle leurs discussions géopolitiques elle qui, originaire du Biélorussie, avait parfois une autre analyse que lui. Elle parle d’un homme « exigeant avec les autres mais aussi avec lui-même ». Quelqu’un qui aimait tous les plaisirs de la vie, le théâtre, la culture... « Sa joie de vivre nous manque. Nous avons perdu un être cher qui ne reviendra jamais ».

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